Je crois que tous ceux qui jouent aux jeux vidéo ont cette étrange impression que quelque chose ne tourne pas rond. Une bulle qui semble sur le point d’éclater malgré les chiffres mirobolants, et un marché de plus en plus orienté vers le consommateur passif plutôt que vers le joueur engagé. Si tu as aimé Fortnite, voici cinquante autres copies de Fortnite sans âme. Si Overwatch te plaît, alors plonge dans une centaine de jeux identiques, mais sans rien de remarquable. Tu t’es déjà senti comme ça ? Ne t’inquiète pas, tu n’es pas seul.
Disco Rayadium
Vous vous souvenez de Disco Elysium ? Ce jeu phénoménal qui a explosé auprès du grand public et dont on pensait qu’il donnerait naissance à une franchise. Au lieu de ça, le studio ZA/UM a renvoyé presque tout le monde, et les créateurs ont fini par fonder de petits studios, chacun espérant offrir au public une suite spirituelle qui résonnera vraiment.
L’un d’eux est Dora Klindžić, scénariste du jeu, qui, après cette expérience, est formel : « Je pense que cette industrie est finie. Mais heureusement pour nous, les jeux vidéo, eux, ne le sont pas. » D’ailleurs, le studio qu’il a fondé ensuite, Summer Eternal, se fixe pour objectif de résister aux grandes entreprises qui tentent de s’immiscer dans leur art, un projet très noble. Reste à voir s’il réussira, car l’industrie n’est peut-être pas aussi condamnée qu’il le dit.
L’idée est claire : « J’adhère à la vision accélérationniste selon laquelle la seule façon d’obtenir de meilleures conditions est de traverser des crises qui soulignent les contradictions de la société et nous forcent à recréer le monde. » Pour l’instant, Klindžić insiste sur le fait que sa vision anticapitaliste de l’industrie ne se traduira pas nécessairement par une suite de Disco Elysium. Et personne ne devrait s’attendre à ce que ce soit le premier jeu de son studio. Mais d’un autre côté… Nous savons tous que c’est exactement la comparaison que l’on fera, n’est-ce pas ?