D’après les données de marché et plusieurs enquêtes du secteur, 2025 marque une vraie banalisation des applis de compagnon virtuel et des chatbots censés conseiller en amour. Le seul marché des applications de « petite amie virtuelle » était déjà estimé à plus de 2,3 milliards de dollars. Et les usages dépassent désormais largement le simple bavardage: coaching pour lancer une conversation, analyse de captures d’écran, aide à la rédaction après une dispute, soutien émotionnel, ou simple compagnie. Les perspectives de croissance, elles, restent très fortes.
Les plus jeunes portent en grande partie cette adoption. Plusieurs enquêtes sectorielles avancent que près d’un membre de la génération Z sur deux a déjà eu recours à ce type d’outil pour demander des conseils amoureux, tandis que d’autres sondages indiquent que 15 % des hommes et 8 % des femmes disent avoir eu avec des chatbots généralistes des échanges qui relevaient du flirt.
On voit assez bien d’où vient l’attrait. Ces services sont disponibles 24 heures sur 24, répondent tout de suite et donnent souvent l’impression d’être plus patients que l’entourage réel. Ils promettent un échange continu, flatteur, sans jugement.
Dans leur meilleur usage, ces outils servent surtout d’assistant de communication. Des psychologues et des spécialistes des relations estiment qu’ils peuvent aider à reformuler un message, à calmer le ton, à repérer un malentendu ou à préparer une conversation difficile.
Certains thérapeutes vont même plus loin et travaillent sur des outils de coaching automatisé fondés sur des protocoles précis, pour offrir un accompagnement plus cohérent entre deux séances. Bien utilisé, ce type d’outil ressemble alors à un pense-bête relationnel: utile pour mettre de l’ordre dans sa pensée, beaucoup moins pour déléguer ses sentiments.
C’est aussi, curieusement, à cet endroit que le sujet devient plus délicat. Ces services peuvent aider à mieux communiquer, mais aussi faire durer des relations qui auraient surtout besoin d’une vraie remise à plat.
Plusieurs experts alertent sur les spirales de réassurance qu’ils peuvent installer. Parce qu’ils répondent sur un mode rassurant, attentif et adaptable, ils risquent d’ancrer des attentes peu réalistes envers les relations humaines, alors que les liens réels passent aussi par la frustration, le compromis, les maladresses et la réciprocité.
Le risque ne se limite pas à l’intime. Des chercheurs et des régulateurs s’inquiètent d’un possible désapprentissage social, d’un isolement accru et d’une hausse des fraudes, notamment des arnaques sentimentales renforcées par l’automatisation.
En Chine, les autorités ont déjà commencé à encadrer certaines fonctions jugées capables d’encourager un attachement émotionnel excessif. Mieux vaut donc rester prudent.
Malgré l’enthousiasme commercial, on manque encore de recul. Les données de long terme restent limitées, et la couverture médiatique demeure très inégale selon les pays, les classes sociales et les contextes culturels.
Au fond, ces outils peuvent parfois aider à mieux formuler ce que l’on ressent, mais ils ne transforment pas un mauvais partenaire en bon compagnon. Au mieux, ils lissent les symptômes, sans changer la dynamique de fond.