Shawn Layden a dirigé PlayStation, et il pense aujourd’hui que Microsoft va devoir mettre les choses au clair sur Xbox. À ses yeux, la ligne suivie par l’entreprise tient de moins en moins longtemps : d’un côté, Xbox veut rester une plateforme matérielle à part entière ; de l’autre, Microsoft accélère sa mue en grand éditeur de jeux.
Pour l’ancien patron de PlayStation, la tension entre ces deux ambitions devient de plus en plus visible. Plus Microsoft pousse Xbox au-delà de sa console, plus la promesse de la machine elle-même devient difficile à définir.
Son raisonnement tient en quelques mots. Une plateforme cherche avant tout à vendre des consoles et à garder les joueurs chez elle. Un éditeur, lui, a intérêt à placer ses jeux partout où il peut trouver du public, sur le plus grand nombre d’écrans possible. Pendant un temps, les deux logiques peuvent avancer ensemble. Mais elles ne visent pas la même chose.
Au fond, si les jeux Xbox finissent par être accessibles partout, pourquoi acheter une console Xbox ?
C’est là que Microsoft se retrouve aujourd’hui. Depuis des mois, l’entreprise envoie de plus en plus de signaux dans le même sens, avec davantage de jeux Xbox portés sur des machines concurrentes.
Cette stratégie peut clairement faire grimper les ventes de jeux. En revanche, elle brouille ce que représente encore Xbox comme marque de plateforme exclusive. Et c’est presque le paradoxe du moment : plus l’ouverture multiplateforme de Microsoft se tient du point de vue de l’éditeur, plus la valeur perçue de la console Xbox risque de s’éroder.
Chez Shawn Layden, ce constat n’a rien d’abstrait.
Dans le jeu vidéo, les exclusivités restent l’un des ressorts les plus puissants quand il s’agit de vendre une machine. Si les plus grosses productions internes d’un constructeur arrivent ailleurs, l’argument matériel perd automatiquement du poids.
Xbox se retrouve donc dans une position délicate. D’un côté, Microsoft possède un catalogue colossal et une force d’édition que peu d’acteurs peuvent revendiquer à ce niveau.
De l’autre, il faut encore donner une raison claire d’acheter une console dédiée, à l’heure où le PC, le cloud et une politique de sorties de plus en plus transversale occupent déjà le terrain. Pour Shawn Layden, Microsoft va devoir trancher sur ce qu’il cherche vraiment à faire grandir : les ventes de machines, l’expansion de son écosystème de services, ou la diffusion la plus large possible de ses jeux. Tant que cet ordre de priorité reste flou, le public aura du mal à comprendre la stratégie de Microsoft.
La sortie de l’ex-responsable de PlayStation arrive à un moment où Xbox paraît déjà s’éloigner du vieux schéma des guerres de consoles. Microsoft met désormais en avant le Xbox Game Pass, le jeu dans le cloud et une logique d’accès bien plus large que celle d’une simple console de salon.
Pour la circulation des contenus Microsoft, c’est sans doute une excellente nouvelle. Mais si l’entreprise veut conserver une vraie place face à PlayStation et Nintendo sur le terrain du matériel, elle devra probablement protéger davantage certains jeux et redonner à la console Xbox un rôle central. C’est tout le dilemme pointé par Shawn Layden : selon lui, le moment de choisir approche, parce qu’on ne peut pas jouer éternellement sur les deux tableaux.