Selon une étude de la Dre Antonia Juelich, de l’université de Cambridge, Boko Haram, groupe jihadiste actif notamment au Nigeria, se servirait désormais de chatbots grand public pour appuyer des opérations sur le terrain. Le point le plus préoccupant, dans cette recherche, est ailleurs : on ne parlerait plus d’usages isolés ou opportunistes, mais d’une intégration plus organisée dans l’activité de certains groupes armés.
Boko Haram aurait intégré les chatbots à ses opérations
L’étude avance que les deux factions de Boko Haram ont eu recours à plusieurs modèles très connus du grand public, parmi lesquels ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et DeepSeek. Il faut quand même garder une certaine prudence. La recherche repose sur 57 entretiens menés auprès de 27 anciens membres du groupe.
À en croire ces témoignages, ces outils n’auraient pas servi seulement à la communication ou à la propagande. Ils auraient aussi été utilisés pour préparer des attaques, concevoir des engins explosifs plus puissants, réparer des armes et améliorer la sécurité opérationnelle.
Pour la Dre Antonia Juelich, cette utilisation constitue une menace déjà bien réelle, et en progression, pour la sécurité nationale. Dans son analyse, on ne serait donc plus dans le registre du scénario hypothétique.
Des demandes détournées pour passer entre les garde-fous
L’un des constats majeurs du rapport concerne la manière dont ces groupes parviendraient à contourner les protections mises en place par les plateformes. Selon le document, les utilisateurs combineraient plusieurs systèmes, testeraient différentes formulations et présenteraient parfois leurs requêtes comme des scénarios fictifs, des scènes de film ou des exercices théoriques pour éviter les blocages.
Et le document ne s’arrête pas à un simple constat d’usage. D’après le rapport, Boko Haram aurait mis sur pied des unités spécialisées chargées de former des commandants, d’expérimenter ces services et de transformer les réponses obtenues en consignes directement exploitables. On aurait donc affaire à une adoption méthodique, avec des relais humains capables de filtrer, corriger puis appliquer les résultats.
Un phénomène qui dépasserait largement Boko Haram
Le rapport ajoute que cette dynamique ne se limiterait pas au Nigeria. Depuis 2023, toujours selon le document, l’État islamique aurait diffusé des conseils pour contourner les filtres de sécurité de ces assistants, et aurait formé des commandants de Boko Haram. De son côté, toujours d’après cette même source, le Hamas aurait utilisé des images générées ou manipulées numériquement à des fins de désinformation et d’incitation.
Des affaires plus récentes alimentent encore les inquiétudes. Selon le rapport, plusieurs incidents violents survenus en 2025 et 2026, dont une explosion à Las Vegas et une attaque au couteau dans une école en Finlande, auraient impliqué des auteurs qui s’étaient servis de chatbots pour préparer leurs actes et chercher des informations.
Un nouveau casse-tête pour les services de renseignement
Pour les experts du contre-terrorisme, le problème est à la fois technique et stratégique. Les échanges avec ces assistants ont lieu dans des espaces privés, beaucoup plus difficiles à surveiller, que les forums publics, les chaînes chiffrées ou les réseaux sociaux. Résultat, une partie des méthodes de détection traditionnelles perd en efficacité.
Les autorités ne sont donc plus confrontées seulement à des contenus de propagande en ligne. Elles font aussi face à des outils conversationnels capables d’accompagner, étape par étape, la préparation d’actions violentes. C’est ce déplacement, du discours vers l’exécution, qui inquiète aujourd’hui les chercheurs.