Amazon a supprimé plus de 57.000 postes administratifs depuis 2022, soit autour de 16 % de ses effectifs de bureau, d’après un relevé établi à partir des annonces faites par le groupe lors des différentes vagues de licenciements de ces dernières années. Dans ce même décompte, les coupes les plus lourdes apparaissent à la fin de 2025, avec environ 14.000 départs, puis au début de 2026, avec près de 16.000 postes supprimés, un niveau jamais vu dans l’histoire de l’entreprise.
Pour ceux qui sont restés, le choc ne s’est pas limité aux communiqués. Plusieurs salariés racontent un équilibre entre vie pro et vie perso qui s’abîme, des équipes plus petites avec des objectifs qui, eux, n’ont pas bougé, et cette inquiétude qui revient sans cesse à l’idée de la prochaine coupe budgétaire.
Licenciements Amazon : des coupes historiques qui touchent les fonctions clés
Les réductions ont frappé en particulier Amazon Web Services (AWS), Prime Video, les activités de vente au détail, ainsi que la division RH PXT d’Amazon. Et pourtant, dans le même temps, l’entreprise continue d’embaucher dans certains segments considérés comme stratégiques. De quoi renforcer l’idée d’un recentrage mené à marche forcée, plus que celle d’un simple gel des recrutements.
Côté direction, c’est Andy Jassy, le patron d’Amazon, qui porte la ligne officielle. Il présente ces suppressions de postes comme une manière d’alléger la bureaucratie, de réduire les échelons hiérarchiques et de gagner en efficacité après les embauches massives de la période Covid.
Mais plusieurs analystes y voient aussi autre chose : des économies destinées à absorber des investissements bien plus lourds dans les infrastructures et les puces spécialisées. Le gain potentiel, selon leurs estimations, pourrait approcher les 6 milliards par an.
Un marché de l’emploi bien plus dur pour les ex-salariés
Pour les personnes licenciées, la sortie a été d’autant plus violente qu’elle s’est faite dans un secteur déjà saturé. Meta, Microsoft, Cisco, Oracle, Google et d’autres poids lourds ont eux aussi taillé dans leurs effectifs, créant une concurrence inhabituelle entre des profils qui, il y a encore peu, étaient activement courtisés.
Conséquence, d’après plusieurs anciens salariés, une recherche d’emploi qui prenait auparavant autour de quatre mois s’étire maintenant souvent sur 12 à 18 mois. Pour certains, la pression financière devient très concrète.
Pour d’autres, en particulier les travailleurs étrangers, il n’y a pas que la question du salaire. Il y a aussi celle du visa, et du droit de rester dans le pays le temps de retrouver un poste.
Ceux qui restent parlent d’un « syndrome du survivant »
En interne, la baisse des effectifs n’a pas fait disparaître la charge de travail. Les missions sont redistribuées, les périmètres s’étendent, et les équipes encaissent les départs sans voir les priorités baisser pour autant. Ce « syndrome du survivant » va avec un mélange de culpabilité, d’épuisement et d’hypervigilance.
Amazon, au fond, n’est pas un cas à part. Le secteur technologique américain a supprimé environ 140.000 emplois en 2023, pendant que plusieurs grands groupes combinaient réductions d’effectifs, bons résultats financiers et nouveaux plans d’investissement.
Et l’impact ne s’arrête pas aux États-Unis : 370 postes corporate d’Amazon ont été supprimés au Luxembourg, 1.900 emplois d’entrepôt ont disparu au Québec, auxquels s’ajoutent 2.800 pertes chez des sous-traitants de livraison, tandis que d’autres réductions sont déjà prévues dans les RH en Inde. Amazon apparaît alors moins comme une anomalie que comme l’un des visages les plus visibles d’un basculement profond de la tech.
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