En 2023, l’éditeur américain Shout! Factory a fini par sortir un Blu-ray restauré en 2K d’Iron Monkey, le film de sabre et d’arts martiaux de Yuen Woo-ping, dans son montage hongkongais de 1993. C’était une vraie bonne nouvelle. La version américaine lancée par Miramax en 2001, sous le label « Quentin Tarantino Presents », reste en effet l’un des exemples les plus discutés, et les plus contestés, d’adaptation d’un film hongkongais pour le marché américain.
Quand Miramax a sorti Iron Monkey dans les salles aux États-Unis, le film de Yuen Woo-ping a tout à coup atteint un public bien plus large que le cercle habituel des amateurs de cinéma hongkongais.
Sur le papier, tout semblait jouer en faveur de l’opération: après le carton international de Tigre et Dragon, Hollywood cherchait des films d’arts martiaux capables de parler à un public plus large, et Iron Monkey cochait beaucoup de cases. Des chorégraphies spectaculaires, un récit héroïque facile à suivre, et Yuen Woo-ping déjà installé comme l’un des grands noms du genre.
Sauf que la version distribuée par Miramax n’était pas une simple adaptation du film original pour un autre territoire. Le montage américain avait été largement retouché: nouvelle musique, doublage et sous-titres revus, effets sonores retravaillés, scènes entières supprimées, et une bonne partie du ton comique atténuée au passage.
Certaines coupes répondaient assez clairement à une logique de classement PG-13, avec l’idée de rapprocher Iron Monkey d’un format plus familier pour le public américain. Pour ceux qui défendaient le cinéma hongkongais, le problème ne se limitait pas à un film rendu plus léger. En effaçant une partie de ses nuances culturelles et ce mélange très singulier entre action virtuose et humour, cette version touchait aussi à la vision de Yuen Woo-ping et de Tsui Hark.
Le nom de Quentin Tarantino, à lui seul, résume assez bien toute l’ambiguïté de l’affaire. Son soutien a servi de formidable rampe de lancement à une époque où les sorties asiatiques obtenaient rarement une vraie exposition à grande échelle aux États-Unis.
Et pourtant, ce même label a aussi offert une forme caution à une version que beaucoup ont fini par qualifier, avec le recul, de « boucherie » éditoriale. Dit plus simplement, Quentin Tarantino a bien aidé Iron Monkey à se faire connaître, mais sous une forme qui ne correspondait pas vraiment à celle pensée à Hong Kong. Le plus frustrant, c’est que cette édition remaniée est restée pendant longtemps la principale porte d’entrée pour le public américain.
Les choses ont commencé à bouger en 2023, quand Shout! Factory a sorti un Blu-ray restauré en 2K du montage hongkongais. D’après l’éditeur, cette édition remet en avant la bande-son cantonaise originale ainsi que la musique d’origine, et permet enfin de voir Iron Monkey tel qu’il avait été conçu.
Oui, Quentin Tarantino a joué un rôle dans la popularisation de Iron Monkey en Amérique. Mais si l’on veut comprendre pourquoi le film est devenu culte, c’est bien vers sa version originale qu’il faut revenir aujourd’hui.