Affaire NSA : est-il trop tard pour protéger sa vie privée en ligne ?

Après 2013 la vie privée en ligne ne sera plus jamais la même. Que se passe-t-il en ce moment avec les données personnelles ? Et pourquoi prennent-elles autant d’importance pour tout le monde ?

Début octobre, les géants Facebook, Apple, Microsoft, Google et quelques autres grandes entreprises du net sont passées devant le juge. Cette entente inhabituelle, qui réunit des concurrents directs, a intenté un gigantesque procès au gouvernement américain. Là encore, c’est une initiative inhabituelle, mais le mot semble récurrent à la lumière des événements de 2013.

Edward Snowden, un ancien collaborateur de la CIA embauché par la National Security Agency, a permis la fuite 200.000 documents secrets sur les méthodes d’espionnage du gouvernement américain. Les révélations étaient édifiantes, mais le public s’est désintéressé de l’affaire tout aussi vite. La vie privée en ligne, c’est un concept que l’on attribue aux criminels, aux personnes qui ont des choses à cacher. À moins que… ?

Information en ligne : grâce aux mots de passe, tout est sous contrôle

Les implications de la collecte d’informations personnelles à grande échelle sont faciles à comprendre. Toute personne mettant en ligne des informations devrait présumer que d’autres individus ont accès à ces données, et que ce ne sont pas seulement les développeurs de programmes. Dans le cas de Google, les implications peuvent être énormes : avec un compte Google, vous donnez accès à Gmail, Google Maps, Google+, YouTube, des données mobiles via Android et le Google Play Store, et même des données financières à partir de votre Google Wallet.

Google et ses applications: difficiles de s'en défaire?

L’entreprise a donc un accès direct à vos destinataires, vos centres d’intérêt, votre localisation, votre calendrier, vos vidéos, vos finances, etc. Cela facilité la vie au client, mais que faire si ces informations arrivent dans des mains mal intentionnées, que ce soit de manière légale of illégale ? Big Brother ne fait pas que vous regarder : il sait désormais où vous allez, ce que vous allez faire et quels programmes vous utilisez.

La transparence est-elle la solution ?

La Loi sur la transparence de la surveillance 2013 stipule que les utilisateurs d’Internet doivent savoir quelles sont les informations que l’on collecte à leur sujet. Des entreprises comme Google supportent les propositions de ce type majoritairement parce qu’elles éclairent les utilisateurs. Google indique que les pratiques actuelles entravent la croissance économique des entreprises. Le géant américain soutient également que la liberté des utilisateurs n’est pas respectée. Un avocat du gouvernement américain déclare que la transparence souhaitée aurait un impact plus important sur la vie privée des utilisateurs que la collecte actuelle de données des agences telles que la NSA.

Lors d’une conférence FTC, le collaborateur de Google, Vint Cerf a abordé le développement de la vie privée en ligne. Le internet evangelist de l’entreprise déclare que la vie privée est une anomalie. Il compare Internet au fait de grandir dans un petit village : il y a toujours quelqu’un qui vous observe, quelqu’un qui sait tout et quelqu’un qui va en parler. Selon lui, la vie privée n’existe qu’en ligne : la technologie n’empêche pas la vie privée, au contraire, c’est elle qui lui a permis d’exister. Cerf ajoute encore qu’il va devenir de plus en plus difficile de maintenir cette (in)visibilité en ligne à cette époque de croissance technologique.

La vie privée en 2014

Les évolutions constatées en 2013 ne sont pas une raison pour paniquer : les gouvernements s’intéressent rarement aux conversations des citoyens. Il est toutefois très inquiétant que de plus en plus d’informations considérées comme personnelles soient visibles par d’autres personnes. Les utilisateurs informés se tournent de plus en plus souvent vers des services anonymes comme Dark Mail ou le moteur de recherche DuckDuckGo.

Yahoo a promis à ses utilisateurs de continuer à chiffrer ses données en 2014 après une attaque illégale de ses centres de données. Mais en même temps, de plus en plus de personnes sont liées à des services comme Facebook, Google et Microsoft et leur confient les clefs de leur vie privée.  Et si on tire à boulet rouge sur la NSA, nos services de renseignements européens et français ne semblent pas non plus très transparents sur leurs pratiques. Du coup, vu la dimension que prend cette surveillance généralisée, le citoyen peut-il encore prétendre pouvoir préserver sa vie privée en ligne?

Softonic va continuer à vous informer sur les développements de la Loi sur la transparence de la surveillance 2013 et de la NSA.

En savoir plus sur la NSA :



PRISM: la France possède aussi son programme d’espionnage du web

Le très sérieux journal Le Monde révèle dans son édition d’aujourd’hui que la France possèderait elle-aussi un programme de surveillance des télécommunications similaire au programme PRISM mis en place par la NSA et le FBI et les Etats-Unis.

Les services secrets français, c’est-à-dire la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), espionne en effet tous les “signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l’étranger”. Un Big Brother français qui comme l’explique le journal est connu de tous les politiques français.

Les contenus des messages ne seraient pas étudiés par les services secrets. La DGSE cherche seulement à connaître les émetteurs et les destinataires des télécommunications. “Les relevés téléphoniques de millions d’abonnés, les mails, les SMS, les fax” sont donc analysés. Mais on peut bien évidemment ajouter les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, google+…) dans l’espionnage.

Tout le dispositif est bien sur illégal et contraire au droit des citoyens. Mais la pratique est courante et connue de tous. S’offusquer devant les pratiques des américains apparait alors un peu déplacé.

Via (Le Monde)

PRISM: la NSA espionne aussi l’UE. Fleur Pellerin relativise.

Le journal allemand Der Spiegel a révélé ce week-end que la NSA, dans le cadre du programme de surveillance PRISM mis en place par les Etats-Unis, espionnait également l’Union Européenne. De quoi jeter un certain froid dans les relations diplomatiques entre les USA et l’UE.

La représentation diplomatique de l’Union européenne à Washington a notamment été l’entité la plus visée. Face à cette révélation, les Etats-Unis ont gardé un silence gêné assez révélateur. Bruxelles a aussitôt demandé des explications et la réaction des politiques européens a été sanglante.

En France, la première à dégainer fut la ministre de la Justice Christiane Taubira. Elle a évoqué un “acte d’hostilité inqualifiable” si l’affaire s’avérait juste. Fleur Pellerin, la ministre de l’Economie numérique, a voulu pour sa part relativiser les faits:

“Il faut distinguer deux choses: il y a l’affaire d’espionnage de l’Union européenne et des postes diplomatiques et ça, ce n’est pas vraiment la première fois que ça arrive dans l’Histoire […] Même si ce n’est pas vraiment un acte amical de la part d’une puissance amie, ce n’est pas une nouveauté”.

La ministre s’est en revanche montrée beaucoup plus critique sur la surveillance des particuliers:

“Ce qui me paraît particulièrement choquant, si cela devait être avéré, c’est le dispositif qui a été mis en place de surveillance généralisée […] des populations. C’est une affaire complètement différente de l’affaire d’espionnage, c’est beaucoup plus grave” a précisé Fleur Pellerin.

“Nous avons toujours considéré qu’internet était un bien commun, un cheval de Troie – regardez les Printemps arabes – de la liberté d’expression et aujourd’hui on voit que certains pays, qui sont des pays qui défendent la liberté d’expression, la liberté d’opinion, sont peut être des utilisateurs à des fins, au contraire, de surveillance généralisée. C’est ce qui est très choquant, si c’est prouvé. Ne nous précipitons pas, attendons les explications des américains”.

Les révélations de l’ex-agent et consultant de la CIA, Edward Snowden, n’ont donc pas fini de faire parler. La réponse des américains est vivement attendue par la communauté internationale. Fleur Pellerin y voit notamment l’occasion de se pencher sur une législation internationale pour se protéger.

“Un certain nombre de pays ont mis en place des législations […] mais il n’y a pas de statut international qui permette de protéger le cas échéant. C’est une belle occasion de se pencher sur ce sujet qui, pour l’instant, est une zone grise du droit international public”.

Via (Der Spiegel et BFM TV)

PRISM: de nouveaux documents accablent la NSA, le FBI et la CIA

De nouveaux documents publiés par The Guardian viennent accabler la défense du gouvernement américain et d’Obama. Ils révèlent que le programme de surveillance mis en place ne se limite pas aux données des grandes entreprises américaines du web mais concerne tous les types de communications: internet, téléphones, mails…

Ces documents, classés secret-défense par les Etats-Unis, autorisent même toutes les agences de renseignements américaines (FBI, CIA et NSA) à surveiller et accéder aux informations des citoyens américains sans l’accord d’un juge. De quoi contredire totalement la défense de Barack Obama.

Les données interceptés peuvent également être conservées durant plusieurs années. Par ailleurs, un des deux documents publiés abordent le cas des citoyens non américains. Il autorise également la NSA à consulter ces informations.

Seule motif de réjouissance: les agents de la NSA, du FBI et de la CIA doivent cependant respecter un minimum de règles et de bon sens et d’éviter au maximum cette procédure.

La balle est désormais dans le camps des autorités américaines, qui petit à petit apparaissent dépassées par l’ampleur du scandale, ceux-ci ne souhaitant pas révéler la vérité. Contredire ces documents sera une tâche ardue, les documents classifiés étant signés du ministre de la justice lui-même Eric Holder.

Via (The Guardian)