Créée par Mike Flanagan et mise en ligne sur Netflix en 2021, la mini-série Midnight Mass revient souvent dans les mêmes mots chez les critiques comme chez les fans : « la meilleure histoire de Stephen King que Stephen King n’a jamais écrite ». Ce n’est pas une adaptation officielle de Salem’s Lot. Pourtant, elle en absorbe une large part de l’ADN pour le faire muter en quelque chose de plus intime, plus troublant, plus féroce.
Et c’est peut-être ce qui intrigue le plus.
Curieusement, certains commentateurs la jugent même plus efficace que les vraies adaptations de Salem’s Lot, alors qu’elle n’en est officiellement pas une.
Dans sa montée en puissance, Midnight Mass a ce côté plus intime et plus dérangeant, plus brutal, comme si elle prenait la matière de Stephen King pour la transformer en cauchemar profondément personnel.
Mike Flanagan, de son côté, a depuis longtemps montré à quel point il était sur la même longueur d’onde que Stephen King, l’auteur de Ça et de Shining.
Il a signé Gerald’s Game en 2017, puis Doctor Sleep en 2019. Et Stephen King lui-même l’a publiquement présenté comme le meilleur adaptateur de son œuvre, si l’on s’en tient aux déclarations de l’écrivain.
Cette réputation ne s’est pas construite pour rien. Flanagan comprend très bien la mécanique de la peur chez King, mais aussi tout ce qui, chez lui, tourne autour des failles humaines.
C’est là que Midnight Mass frappe juste.
Comme souvent chez Stephen King, l’horreur ne tient pas seulement aux monstres ou aux jump scares.
Midnight Mass prend place dans une communauté isolée, Crockett Island, dont le fragile équilibre se brise avec l’arrivée d’un prêtre mystérieux.
Très vite, l’intrigue glisse vers le vampirisme, la contagion, puis la désintégration du tissu social.
Difficile, dans ces conditions, de ne pas penser à Salem’s Lot.
Dans le roman de Stephen King, la petite ville de Jerusalem’s Lot se retrouve infiltrée par Barlow, figure vampirique qui transforme peu à peu ses habitants.
Dans Midnight Mass, on retrouve un schéma voisin : un étranger lié au surnaturel entre dans une communauté coupée du monde et déclenche une mutation collective qui finit par ressembler à une colonie vampirique.
Certains commentateurs vont d’ailleurs encore plus loin. À leurs yeux, Midnight Mass fonctionne comme une meilleure adaptation spirituelle de Salem’s Lot que ses versions officielles à l’écran, souvent jugées moins terrifiantes.
Mike Flanagan et le producteur Trevor Macy ont eux-mêmes cité Salem’s Lot et Storm of the Century parmi leurs influences majeures, d’après leurs propres déclarations.
Mais Midnight Mass ne s’arrête pas au simple hommage. C’est là qu’elle prend une autre ampleur, sur le terrain des thèmes qu’elle travaille.
Le vampirisme y devient une métaphore de la foi aveugle, du fanatisme, de la culpabilité, du deuil et de l’addiction.
Et ses personnages, déjà cabossés par leurs traumatismes, rappellent une autre signature très kingienne : des gens ordinaires, en crise bien avant que le mal n’entre en scène.
Mike Flanagan a souvent expliqué, dans différentes prises de parole, que la série comptait parmi ses projets les plus personnels, un projet mûri pendant plus d’une décennie.
Il y a injecté, comme il l’a lui-même raconté, son éducation catholique, son passé marqué par l’alcoolisme, sa sobriété et son cheminement vers l’athéisme.
Au bout du compte, cela donne une œuvre où l’horreur surnaturelle sert d’abord à disséquer les fragilités humaines.
La critique, elle, a suivi.
Midnight Mass affiche 87 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, sur un total de 102 critiques, d’après l’agrégateur.
Avant même sa sortie, Stephen King l’avait saluée comme un « récit de terreur dense et magnifiquement photographié », en insistant sur une montée en puissance qui culmine dans l’épisode final, selon les déclarations de l’auteur.
Pour un écrivain aussi souvent adapté, on voit mal validation plus parlante.
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