Dans une étude menée par Cristina Madurga-Favieres et son équipe, des chercheurs disent avoir repéré un transit de 21 heures autour de l’étoile de Tabby, KIC 8462852, en septembre 2019. Le signal pointe vers la présence d’une planète géante dans ce système déjà connu pour ses chutes de luminosité irrégulières. D’après l’équipe, ce monde ferait autour de 10 fois la masse de Jupiter.
Ce n’est pas la pièce qui referme définitivement le dossier, loin de là. Mais elle pèse lourd. KIC 8462852 reste l’un des objets les plus déroutants du ciel, justement à cause de ces baisses de luminosité irrégulières, bien plus marquées que ce qu’on attendrait du simple passage d’une planète devant son étoile.
Étoile de Tabby : une planète géante pourrait enfin éclairer le cas KIC 8462852
D’après l’équipe de Cristina Madurga-Favieres, aucun compagnon en transit n’avait encore été détecté autour de l’étoile de Tabby. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes : cette planète candidate, observée en transit, pourrait justement aider à comprendre pourquoi le système est si compliqué, comme l’explique Cristina Madurga-Favieres, autrice principale de l’étude.
Le scénario le plus convaincant, pour l’instant, est assez simple sur le papier : une planète très massive viendrait perturber gravitationnellement des comètes, des astéroïdes ou des planétésimaux. Une partie de ces débris passerait ensuite devant l’étoile sur notre ligne de visée, ce qui provoquerait les fameuses baisses de lumière. Autrement dit, cela redonne du poids à l’hypothèse du nuage de comètes, discutée depuis des années pour tenter d’expliquer le comportement erratique de KIC 8462852.
Si l’étoile est devenue aussi célèbre, c’est à cause du caractère extrême de ces variations. Les baisses de luminosité, mises en avant en 2015 par les volontaires du projet Planet Hunters à partir des données du télescope Kepler de la NASA, pouvaient grimper jusqu’à 22 %. À côté, le transit d’une planète classique provoque en général une atténuation faible, régulière et périodique.
Pourquoi l’hypothèse de la mégastructure extraterrestre a perdu du terrain
C’est cette anomalie spectaculaire qui a mis sur orbite la théorie la plus médiatisée du lot : celle d’une mégastructure extraterrestre, par exemple une sphère de Dyson, popularisée par l’astronome Jason Wright. L’idée a suffi pour faire sortir l’étoile de Tabby du cercle scientifique et l’installer dans la culture populaire.
Sauf que les observations menées ensuite ont peu à peu refroidi cette piste. Les astronomes ont vu que les épisodes de baisse bloquaient davantage la lumière bleue que la lumière rouge. Ce type de comportement, qui dépend de la longueur d’onde, correspond bien à une diffusion par de la poussière. En revanche, ça colle mal avec un objet opaque et solide du genre mégastructure, qui assombrirait la lumière de façon bien plus uniforme.
Un mystère encore ouvert, porté par la science participative
À l’heure où nous écrivons ces lignes, un seul transit de 21 heures a été observé. Il faudra donc davantage de données pour confirmer l’existence de cette planète candidate, préciser son orbite et comprendre le rôle exact qu’elle joue dans le système. Bref, prudence. On suivra ça de près.
L’histoire de l’étoile de Tabby reste aussi un bon rappel de ce que la science participative peut apporter. Ce sont des bénévoles qui ont d’abord repéré l’anomalie dans les données de Kepler. Puis, en 2016, une campagne de financement participatif lancée par l’astronome Tabetha Boyajian a permis de récolter plus de 100 000 pour poursuivre les observations. Dix ans plus tard, le mystère n’est peut-être pas entièrement résolu, mais il a de moins en moins l’air extraterrestre.
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