LinkedIn vient de lancer Connected Apps. Le principe est clair : on peut désormais relier certains logiciels à son profil pour que la plateforme vérifie des compétences à partir d’un usage réel de ces outils. LinkedIn cherche ainsi à rendre les CV en ligne un peu plus solides aux yeux des recruteurs, surtout à un moment où les compétences techniques affichées sont souvent gonflées.
Concrètement, quand une application compatible est liée au compte, LinkedIn produit automatiquement un résumé structuré qui explique comment la personne utilise l’outil et ce que cet usage laisse apparaître comme compétences. La plateforme précise aussi que ces résumés ne sont pas modifiables à la main, justement pour limiter les petits arrangements avec la réalité. En revanche, l’utilisateur est prévenu à chaque ajout ou mise à jour.
Le pari est donc assez simple : transformer l’activité réelle sur un produit en preuve de savoir-faire. Jusqu’ici, LinkedIn reposait surtout sur ce que les gens déclaraient eux-mêmes, avec en plus des recommandations qui, parfois, restaient assez superficielles.
Pour le lancement, LinkedIn a annoncé une première série d’intégrations avec Descript, Duolingo, Lovable, Relay.app et Replit. D’autres services doivent arriver ensuite, parmi lesquels Adobe Firefly et GitHub.
La sélection dit déjà beaucoup de la direction prise : création de contenu, apprentissage, développement, automatisation. Et si la liste des services compatibles s’allonge, la promesse de profils en quelque sorte « validés par l’usage » pourrait vite parler aux employeurs.
Ce mouvement colle aussi à une tendance de fond dans le recrutement : regarder d’abord les compétences, avant les diplômes ou les intitulés de poste. D’après les études souvent citées dans le secteur RH, recruter sur cette base serait cinq fois plus prédictif de la performance au travail qu’un recrutement fondé uniquement sur le niveau d’études.
Les mêmes études, relayées dans cet univers RH, avancent aussi que les entreprises qui passent à cette logique constatent une hausse de 89 % de la rétention de leurs salariés les plus performants. Sur le papier, savoir qu’un candidat s’est vraiment servi d’un outil précis inspire quand même plus confiance qu’une simple liste de logiciels ajoutés en quelques clics.
Connected Apps prolonge aussi la logique des Skill Assessments et de leurs badges. Ces tests donnaient déjà un signal rapide, mais ils traînaient plusieurs critiques : possibilités de triche, exercices parfois assez loin des situations de travail réelles, et vision forcément incomplète du niveau d’un candidat. Avec Connected Apps, LinkedIn essaie de contourner ces limites en s’appuyant directement sur l’usage concret des produits.
Ça ne règle pas tout pour autant. Des questions restent ouvertes sur les données échangées entre LinkedIn et les applications tierces, sur la vraie marge de contrôle laissée aux utilisateurs, et sur le risque d’un biais en faveur des professionnels qui travaillent déjà avec les logiciels compatibles. Les autres, ceux qui utilisent d’autres outils ou qui préfèrent ne pas connecter leurs comptes, pourraient se retrouver désavantagés.
LinkedIn, qui dit compter 1,3 milliard de membres et afficher une croissance trimestrielle de 12 % sur un an selon ses propres chiffres, déploie la fonctionnalité à l’échelle mondiale, en anglais pour l’instant. La vraie question, maintenant, est assez simple : combien d’utilisateurs accepteront de montrer un peu plus de leur activité en échange de cette couche supplémentaire de crédibilité.