En 2026, O Brother, Where Art Thou?, le film des frères Coen sorti en 2000 et librement inspiré de L’Odyssée d’Homère, continue de s’imposer, vingt-six ans après sa sortie, comme le titre qui revient presque à chaque fois qu’un nouveau projet ambitieux autour de L’Odyssée refait parler de lui. Ce n’est pas difficile à comprendre : si le film garde une telle place, c’est justement parce qu’il compte parmi les adaptations les plus inventives d’Homère, sans jamais chercher la fidélité littérale.
Le film déplace l’épopée dans le Mississippi de la Grande Dépression, où trois forçats en cavale se lancent sur la piste d’un trésor caché. Rien qu’avec ce déplacement, le voyage d’Ulysse devient une odyssée américaine, nourrie de folklore, de satire sociale et de road movie couvert de poussière.
Beaucoup d’adaptations de classiques misent d’abord sur la grandeur ou sur le prestige. O Brother, Where Art Thou?, lui, part ailleurs. Les frères Coen reprennent l’ossature de L’Odyssée, un héros débrouillard, un retour semé d’embûches, des rencontres à la fois absurdes et menaçantes, puis la font passer à travers les mythes, les figures et les obsessions du Sud américain.
C’est là que le film tient encore aussi bien. Les épisodes homériques y sont recoulés en archétypes régionaux qu’on reconnaît tout de suite : les Sirènes deviennent des lavandières hypnotiques au bord de l’eau, le Cyclope se transforme en vendeur de bibles borgne, à la fois inquiétant et grotesque. Plutôt que d’écraser le spectateur sous la référence scolaire, le film redonne du mouvement à cette matière, la rend vivante, drôle, populaire.
On comprend aussi pourquoi il revient si souvent dans les discussions dès qu’apparaît une nouvelle adaptation plus monumentale de L’Odyssée. O Brother, Where Art Thou? rappelle qu’une grande transposition n’a pas besoin de coller au texte pour en attraper le cœur : le retour, l’errance, la ruse, le destin, et cette façon qu’a un récit ancien de reprendre vie dans une autre culture.
Et le pari a marché. D’après Box Office Mojo, O Brother, Where Art Thou? a été produit pour environ 26 millions de dollars et en a rapporté près de 71,9 millions dans le monde. Le film a aussi été très bien reçu par la critique et a obtenu deux nominations aux Oscars, pour le meilleur scénario adapté et la meilleure photographie, selon l’Academy Awards.
Ce qui est plus étonnant, c’est que les frères Coen ont reconnu ne pas avoir lu L’Odyssée avant d’écrire le scénario, en s’appuyant surtout sur une connaissance générale de l’intrigue. Même le titre renvoie à une autre source du cinéma américain, Sullivan’s Travels de Preston Sturges. Autrement dit, on est moins face à une adaptation universitaire qu’à un remix culturel particulièrement heureux.
Et puis il est impossible de parler de l’héritage d’O Brother, Where Art Thou? sans parler de sa musique. Produite par T-Bone Burnett, la bande originale, qui mêle bluegrass, country, gospel et folk, a dépassé les 8 millions d’exemplaires vendus aux États-Unis et remporté un Grammy. Surtout, elle a aidé à remettre la musique roots américaine au centre de la culture populaire.
Cette influence est toujours là aujourd’hui. On la retrouve encore dans les célébrations de son 25e anniversaire, qui se poursuivent en 2026, avec notamment un concert hommage au Grand Ole Opry, selon le Grand Ole Opry. Peu d’adaptations d’un classique antique auront laissé une trace aussi nette, à la fois dans le cinéma et dans la musique.
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