Shining et Doctor Sleep, deux adaptations de Stephen King qui tournent autour de Danny Torrance, composent aujourd’hui un diptyque plus solide, et au fond plus accompli, que Ça et Ça : Chapitre 2, les deux films bâtis autour de Pennywise. Le paradoxe saute aux yeux : la saga du clown a écrasé l’autre au box-office, mais dès qu’on parle de continuité, de personnages ou de thèmes, l’ensemble centré sur Danny Torrance a mieux tenu le temps.
Ça, sorti en 2017, reste malgré tout une adaptation très réussie du roman de Stephen King. Le choix de déplacer l’enfance du Club des Ratés des années 1950 aux années 1980 s’est révélé payant, et Bill Skarsgård a marqué très vite avec son incarnation de Pennywise.
Le film a d’ailleurs connu un succès critique et commercial énorme, avec plus de 704 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget d’environ 35 millions, d’après Box Office Mojo.
Les choses se sont compliquées avec Ça : Chapitre 2. Couper le roman en deux films se défendait très bien sur le papier, mais le deuxième n’a jamais retrouvé la même alchimie.
La complicité presque instinctive du casting enfantin ne s’est pas vraiment prolongée une fois les personnages devenus adultes, malgré une distribution impressionnante. Au bout du compte, on s’est retrouvé avec une suite plus longue, moins nerveuse, et souvent perçue comme moins cohérente que le premier film.
Même avec 473 millions de dollars récoltés au box-office, toujours selon Box Office Mojo, l’impression générale est restée celle d’une franchise bancale, déséquilibrée d’un film à l’autre.
C’est précisément sur ce point que Doctor Sleep fait la différence. Le film de Mike Flanagan ne se contente pas de venir se greffer à Shining. Il poursuit vraiment le parcours de Danny Torrance, en s’attaquant au traumatisme, à l’héritage familial et à la sobriété dans l’ombre laissée par la chute de Jack Torrance.
Et surtout, Doctor Sleep n’a jamais l’air d’une seconde moitié moins inspirée que la première. Le film tient debout par lui-même, avec sa propre couleur, sa propre sensibilité, tout en donnant plus d’épaisseur à ce qui le précède.
Là où Ça : Chapitre 2 a souvent paru souffrir de la comparaison avec le film de 2017, Doctor Sleep, lui, élargit rétrospectivement la portée de Shining.
L’un des aspects les plus commentés de Doctor Sleep, c’est cet équilibre franchement fragile qu’il devait trouver. Mike Flanagan est parvenu à respecter à la fois le roman de Stephen King et tout l’imaginaire visuel du Shining de Stanley Kubrick.
Un pari pareil avait presque l’air intenable. Beaucoup y ont vu une réussite créative assez rare. Côté réception, Shining est aujourd’hui rangé parmi les grands classiques absolus du genre, tandis que Doctor Sleep a bénéficié de critiques globalement positives.
Ça (2017) a lui aussi été bien reçu, à l’inverse de Ça : Chapitre 2, qui a nettement plus partagé. Détail assez curieux : Ça, Ça : Chapitre 2 et Doctor Sleep ont tous les trois obtenu un CinemaScore de B+ au moment de leur sortie, selon CinemaScore.
Sur le terrain commercial, en revanche, l’écart reste brutal. Doctor Sleep a déçu en salles, avec un peu plus de 72 millions de dollars récoltés dans le monde pour un budget estimé entre 45 et 55 millions, d’après Box Office Mojo, alors que Ça s’est imposé comme une véritable machine à succès.
Et Pennywise n’en a pas fini avec le grand public. Son univers va continuer avec la série préquelle Welcome to Derry, développée pour HBO Max avec Andy Muschietti au poste de producteur exécutif. Du côté de Doctor Sleep, aucune suite directe n’est en chantier pour le moment, même si Mike Flanagan reste l’un des noms les plus étroitement liés à l’univers de Stephen King.
Au bout du compte, Ça a remporté la bataille commerciale. Mais si l’on parle d’une saga horrifique en deux chapitres, Shining et Doctor Sleep ont probablement offert quelque chose de plus rare : un diptyque qui donne vraiment le sentiment d’être complet.