En octobre 2026, la start-up Star Catcher prévoit de faire décoller sa mission en octobre 2026 Protostar avec la mission Transporter-18 de SpaceX, depuis la base de Vandenberg. L’idée: tenter d’envoyer, par laser, une quantité mesurable d’énergie vers un CubeSat qui évoluera séparément en vol libre.
Le but de Protostar est très clair. Star Catcher veut transférer une quantité mesurable d’énergie par faisceau laser depuis un vaisseau spatial vers un CubeSat détaché. Si l’essai marche, ce serait une première marquante pour le spatial commercial. Ce serait aussi une preuve concrète qu’on peut alimenter un satellite à distance, sans câble et, si l’entreprise dit vrai, sans toucher à son architecture de réception.
Sur le papier, le scénario tient en quelques lignes. Un engin émetteur transformera de l’électricité en faisceau laser. En face, un CubeSat séparé devra récupérer cette énergie avec ses panneaux solaires. La mission mesurera ensuite la puissance réellement reçue au fur et à mesure que le satellite s’éloigne, pour voir si les résultats collent aux modèles de Star Catcher.
C’est là que les choses se compliquent.
Le défi technique est lourd. Il faut garder un alignement d’une précision extrême entre deux objets qui filent à très grande vitesse, réduire au maximum les pertes au moment de convertir l’électricité en lumière puis la lumière en électricité, et absorber la chaleur perdue à chaque étape du processus.
Protostar, pourtant, n’est qu’une démonstration. Derrière cette mission, Star Catcher travaille sur une constellation de « nœuds d’énergie » capables de capter la lumière du Soleil, de la convertir en faisceaux réglés sur des longueurs d’onde optimisées, puis de l’envoyer à des satellites clients.
Plus surprenant, la société affirme pouvoir faire tout cela en s’appuyant sur les panneaux solaires déjà en place, sans demander aux opérateurs de modifier leur matériel. La promesse a de quoi attirer l’attention: jusqu’à 10 fois plus d’énergie utilisable que la lumière solaire diffuse. De quoi garder des satellites actifs pendant la nuit orbitale, alléger la dépendance à de grosses batteries embarquées et récupérer de la masse pour la charge utile, qu’il s’agisse d’instruments, de télécommunications ou même de GPU pour d’éventuels centres de données spatiaux.
Pas étonnant que les opérateurs suivent le dossier de près. Davantage d’énergie disponible, c’est plus de temps utile, moins d’arbitrages pénibles dans la conception et, potentiellement, de meilleurs revenus pour chaque mission.
Star Catcher dit avoir déjà obtenu 40 lettres d’intention et 10 accords d’achat d’énergie à long terme, avec des clients comme Starcloud, Loft Orbital et Astro Digital. L’entreprise affirme aussi avoir levé 88 millions de dollars au total, dont une série A de 65 millions, ainsi qu’un contrat de 30 millions attribué par l’US Space Force. Avant Protostar, Star Catcher assure avoir battu un record mondial de transfert d’énergie optique au centre spatial Kennedy de la NASA et validé, fin 2025, son logiciel de suivi de vaisseaux en orbite.
L’idée ne date pas d’hier. On la retrouve dans les études de la NASA des années 1970 comme dans les récits d’Isaac Asimov. Ce qui change aujourd’hui, c’est la baisse du coût d’accès à l’orbite. Mieux vaut tout de même garder la tête froide.
Le cadre réglementaire autour du transfert d’énergie par faisceau dans l’espace reste flou, surtout sur les questions d’interférences, de responsabilité et d’usage des fréquences. S’ajoutent à cela les questions de sécurité et d’impact environnemental si une grande constellation devait un jour être déployée puis désorbitée. Protostar ne répondra pas à tout. Mais si Star Catcher réussit à allumer cette première sorte de « rallonge » laser entre deux satellites en vol libre, le secteur spatial pourrait bien commencer à regarder l’énergie orbitale autrement.
Author: Manuel Bosque
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