Nintendo voit s’accélérer les portages PC non officiels de jeux console, y compris de plusieurs de ses plus gros titres. D’après des projets et des échanges relayés sur X et GitHub, cette poussée s’appuie sur des outils de génération de code capables d’aider à la décompilation.
Pour les éditeurs, l’effet est immédiat: le temps nécessaire pour recréer le fonctionnement de certains jeux chute fortement, et ces projets deviennent plus compliqués à repérer et à suivre.
Chez Nintendo, le sujet est particulièrement délicat. D’après des documents judiciaires, l’entreprise a déjà mené une offensive agressive contre les émulateurs, les dépôts de code et les communautés liées aux ROMs.
Ce qui surprend, c’est que cette nouvelle vague circule souvent plus discrètement. Et cette discrétion peut freiner les retraits.
Le changement d’échelle, lui, saute aux yeux. Un exemple revient souvent dans les discussions sur X et GitHub: la décompilation assistée de Snowboard Kids aurait été terminée en 84 jours, contre 596 jours pour la décompilation manuelle de sa suite.
Ce qui demandait auparavant des mois, parfois des années, devient donc bien plus abordable pour de petites équipes. Nintendo est loin d’être en dehors du radar: des projets évoqués sur X et GitHub visent Metroid Prime, Super Mario Sunshine, The Legend of Zelda: Majora’s Mask 3D, Super Mario Odyssey, Super Smash Bros. Ultimate et Mario Kart 8 Deluxe.
Beaucoup de ces initiatives sont toutefois présentées avec plus de prudence que celles qui touchent des éditeurs réputés moins procéduriers.
La réaction de Nintendo semble aussi varier selon la visibilité d’un projet et la plateforme sur laquelle il circule. Un cas récent le montre bien: une version multijoueur de Super Mario 64 jouable dans un navigateur, codée avec l’aide de Claude, l’assistant IA d’Anthropic, a été partiellement retirée de X, d’après les publications liées au projet, après une plainte pour atteinte au droit d’auteur.
Pendant ce temps, d’autres projets liés à Nintendo restent accessibles en ligne. La différence tient souvent à la façon dont ils sont diffusés: un lien public posté sur X ou un dépôt GitHub bien référencé constitue une cible évidente pour un retrait, alors que certains builds circulent surtout sur Discord, sans annonce trop visible.
C’est notamment le cas d’un build PC présenté comme une version native de Super Mario Odyssey, relayé dans des cercles plus fermés pour éviter une suppression quasi immédiate.
Nintendo a déjà montré jusqu’où elle était prête à aller. Selon des documents judiciaires, l’entreprise a obtenu des assignations visant des serveurs Discord liés aux émulateurs Nintendo et aux ROMs.
En août 2026, Nintendo a aussi obtenu la suppression de centaines de forks de l’émulateur Suyu sur GitHub, dans le prolongement de sa victoire contre l’émulateur Yuzu, d’après GitHub et des documents judiciaires. L’affaire Yuzu reste un précédent majeur: elle s’est soldée, toujours selon les documents judiciaires, par un accord à 2,4 millions de dollars avec les créateurs de l’émulateur. Nintendo a également obtenu un jugement de 2 millions de dollars contre un site de modding sur Nintendo Switch.
La dynamique dépasse largement le seul cas Nintendo. Des portages similaires ont aussi été signalés sur X et GitHub autour de Call of Duty: Black Ops, Halo: Combat Evolved et Grand Theft Auto: Vice City. Activision, de son côté, a déjà lancé plusieurs retraits, d’après les publications et signalements relayés sur ces plateformes.
Mieux vaut donc rester prudent. Produire un nouveau code ne suffit pas, en soi, à écarter le risque de contrefaçon: tout peut se jouer sur la frontière entre la simple recréation d’une fonctionnalité et la reprise d’éléments protégés, qu’ils soient visuels, sonores ou, plus largement, expressifs. Et même sur le plan technique, ces projets peuvent fonctionner tout en restant difficiles à relire, à corriger ou à maintenir dans la durée.