En 2026, la demande pour l’iPhone 18 Pro d’Apple en Inde serait presque 20 % plus élevée que celle de l’iPhone 17 Pro au même moment en 2025, et cela malgré les hausses de prix, d’après les retours de distributeurs et les estimations d’analystes. Les mêmes sources allaient pourtant dans un sens plus prudent au départ: le positionnement tarifaire de l’iPhone 18 Pro faisait douter de son potentiel commercial. Pour l’instant, ce prix ne semble pas freiner Apple. Il pousserait même le produit dans l’autre sens.
Le décalage saute d’autant plus aux yeux que le marché indien du smartphone traverse une phase plus molle. La demande globale avance peu. Sur certains segments, elle recule même légèrement. Pendant ce temps, Apple continue de grappiller du terrain, année après année.
Chez Counterpoint Research, on estime qu’Apple pourrait atteindre 10 % de part de marché en Inde en 2026, contre 7 % en 2024 et 4 % en 2022. Si ce scénario se confirme, Apple signerait pour la première fois une part de marché à deux chiffres sur une année civile dans le pays.
Ce mouvement n’a rien à voir avec ce qu’on observe sur le reste du marché: d’après les distributeurs et analystes cités plus haut, le recul constaté dans les ventes du trimestre de juin ne viendrait pas d’un manque d’envie chez les consommateurs, mais de contraintes d’approvisionnement. La lecture est assez simple: le point de blocage serait du côté de l’offre, pas de la demande.
Sur le terrain, en magasin, les distributeurs racontent à peu près tous la même chose. Beaucoup d’acheteurs veulent d’abord avoir le dernier iPhone, parfois plus pour ce qu’il dit d’eux que pour ses nouveautés techniques. Les analystes rattachent ce comportement à la “premiumisation” du marché indien: une partie des consommateurs monte en gamme et associe les produits les plus chers à un style de vie, mais aussi à un signe visible de statut social.
Et le plus frappant, c’est que la hausse des prix n’abîme pas forcément l’attrait du produit, si l’on suit ces analyses. Elle peut même renforcer ce qu’il représente. L’iPhone cesse alors d’être perçu comme un simple smartphone pour devenir un objet de statut, ce qui donne à Apple une vraie capacité de résistance dans un environnement économique pourtant plus tendu.
Le point décisif, malgré tout, reste le financement. En Inde, l’iPhone 18 Pro d’entrée de gamme coûte autour de 1 700 dollars, soit un niveau très élevé pour le marché local.
Mais les offres de paiement échelonné, en particulier les plans EMI à taux zéro ou “sans surcoût”, changent la perception de l’achat. Elles permettent d’étaler la dépense sur douze mois, avec des mensualités inférieures à 10 % du prix total. Dit comme ça, on voit mieux ce qui se joue: un produit très premium devient atteignable pour une clientèle plus large, sans perdre pour autant son image haut de gamme.
Cette montée en gamme ne profite pas de la même façon à tout le secteur. D’après des estimations du marché, les fabricants installés sur l’entrée de gamme auraient encaissé une nette baisse des ventes depuis le début de 2026, pendant qu’Apple récupère une part croissante de la valeur sur le haut du marché. Dans ce paysage, la menace la plus crédible pour Cupertino viendrait surtout des marques chinoises et locales, bien plus que de Samsung, toujours selon ces mêmes analyses.
Apple renforce aussi sa stratégie locale en augmentant l’assemblage de ses iPhone récents en Inde avec des partenaires comme Foxconn et Pegatron. Cette accélération s’inscrit à la fois dans les incitations publiques à produire sur place et dans la stratégie “Make in India”. Elle aide aussi Apple à étendre sa chaîne d’approvisionnement au-delà de la Chine.
Le modèle n’est pas sans risques sur la durée. Il repose sur deux choses fragiles: la capacité de l’iPhone à conserver son pouvoir d’attraction, et un accès au financement qui reste fluide. À cela s’ajoutent la tentation des importations parallèles, nourries par l’écart de prix pratiqué en Inde, ainsi que les critiques récurrentes sur les conditions sociales et environnementales chez certains fournisseurs. Bref, mieux vaut garder une part de prudence.