Depuis sa sortie, c’est surtout la fin de Supergirl: Woman of Tomorrow, le nouveau film DC, qui concentre la polémique. Dans le climax, Kara Zor-El empêche Ruthye de tuer Krem, puis l’exécute elle-même. Pour une partie du public, le parallèle avec Superman tuant Zod dans Man of Steel saute aux yeux, et ravive presque mécaniquement cette vieille controverse.
L’accueil du film, lui, est resté partagé chez les critiques, alors que les fans se sont montrés dans l’ensemble plus réceptifs.
Et pourtant, c’est bien cette dernière scène qui a avalé presque tout le reste. Même davantage que ce moment d’avant-sortie devenu un mème sur les réseaux.
Pour beaucoup de spectateurs, le nœud du problème est moral. Si Kara Zor-El veut empêcher Ruthye de franchir une ligne sans retour, pourquoi la franchit-elle elle-même quelques secondes après ? Pour ceux qui rejettent ce choix, la scène brouille le propos et fragilise l’identité héroïque que Supergirl est censée avoir atteinte au terme du récit.
Le débat est d’autant plus sensible qu’il touche à l’œuvre d’origine.
Dans le comic Supergirl: Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely, publié chez DC Comics, Krem ne meurt pas. Il est enfermé pendant des siècles dans la Zone Fantôme, puis Ruthye, devenue vieille, décide finalement de l’épargner. C’est là que le voyage mène: à la miséricorde. Refuser la vengeance, casser le cycle de la violence, garder une forme d’espoir malgré la perte.
En troquant cette résolution contre une exécution, le film change plus qu’un simple détail de scénario. Il déplace le sens même de l’histoire.
Le film, cela dit, n’avance pas ce choix sans raison. Krem y apparaît comme un être irrécupérable, responsable du meurtre de la famille de Ruthye et de l’empoisonnement de Krypto, et le récit laisse entendre que l’avoir laissé vivre plus tôt a déjà entraîné d’autres morts. Vu sous cet angle, Kara Zor-El ne tue pas seulement par vengeance, elle agit aussi pour éviter à Ruthye de porter ce poids toute sa vie. La logique est plus sombre. Elle dessine une Supergirl moins alignée sur la morale absolue qu’on associe d’ordinaire à Superman.
Autre point qui a jeté de l’huile sur le feu: la manière dont la scénariste Ana Nogueira aurait lu le comic.
D’après plusieurs discussions relayées en ligne, Ana Nogueira aurait compris que l’histoire se terminait avec Ruthye tuant plus tard un Krem supposé s’être amendé. Sauf que Tom King, lui, a expliqué très clairement que Krem est toujours vivant à la fin de la BD.
Forcément, ce décalage nourrit l’idée que le film ne s’est pas contenté de prendre des libertés. Il a peut-être aussi reposé sur une lecture contestée, voire erronée, de l’œuvre originale.
Et tout ça arrive au pire moment pour DC. Avec un budget estimé entre 170 et 186 millions de dollars, Supergirl: Woman of Tomorrow n’a rapporté qu’environ 126,4 millions dans le monde. Pour le nouveau DCU, le résultat ressemble à un vrai revers, et la déception est difficile à maquiller.
Ça ne veut pas dire que Kara Zor-El disparaît pour autant. Milly Alcock est déjà confirmée au casting du prochain film, Superman: Man of Tomorrow.
Au fond, la scène qui a le plus fracturé les fans pourrait aussi devenir celle qui définira la suite du personnage à l’écran.