Babylon 5, la série de science-fiction créée pour la télévision par J. Michael Straczynski, reste l’une des œuvres les plus marquantes du genre. Et les projets récents autour de la franchise ont remis son nom en circulation, en rappelant au passage l’empreinte qu’elle a laissée.
Ce qui frappe, c’est qu’en dépit de franchises bien plus massives, la création de Straczynski continue d’être vue comme une vraie rupture dans l’histoire de la SF télévisée.
Diffusée dans les années 1990, la série tenait sur un mélange assez rare: d’un côté, le vertige cosmique et la curiosité scientifique qu’on associe volontiers à Carl Sagan; de l’autre, une construction mythologique ample, ancienne, chargée, qui évoque davantage J.R.R. Tolkien.
À une époque où beaucoup de séries de science-fiction fonctionnaient encore avec des intrigues surtout autonomes, Babylon 5 prenait une autre direction. Son récit avait été pensé dès le début comme un tout cohérent, ambitieux, avec une structure qui paraît encore très moderne aujourd’hui.
J. Michael Straczynski a imaginé Babylon 5 comme un « roman pour la télévision » déployé sur cinq ans.
À l’époque, c’était loin d’être courant. Ce parti pris a donné à la série une profondeur peu habituelle: les personnages changent vraiment, les conflits politiques et militaires s’installent dans la durée, et les décisions prises ne s’évaporent pas une fois le générique lancé. Grâce à ça, la série a pu traiter de sujets bien plus larges que la simple aventure spatiale: la guerre, la paix, le fascisme, la religion, le pouvoir, la propagande, le libre arbitre.
Il y a aussi une autre chose qui rend Babylon 5 à part: sa manière de tenir ensemble la rationalité et le mythe.
Son côté « saganien » apparaît dans son émerveillement devant l’univers, dans son goût pour des civilisations extraterrestres crédibles, et dans le respect qu’elle accorde à la science.
Son côté « tolkienien », lui, se joue dans l’épaisseur de son lore: des races anciennes, des conflits hérités de plusieurs millénaires, des prophéties, une mémoire collective, et cette impression constante que ce qui se passe au présent appartient à une histoire beaucoup plus vaste. La série ne se contente pas de montrer une station spatiale. Elle donne le sentiment d’un univers qui vivait déjà depuis des âges.
Babylon 5 a aussi fait figure de pionnière sur le plan technique, avec un recours massif aux images de synthèse pour les vaisseaux, les stations et les batailles spatiales.
Avec le recul, certains plans portent clairement la marque de leur époque. Mais cette prise de risque a ouvert la voie à toute une génération de productions télévisées plus ambitieuses sur le plan visuel.
La reconnaissance a suivi: deux prix Hugo, un Saturn Award, et une influence qu’on cite souvent quand il est question de feuilletons ambitieux comme Lost, Battlestar Galactica ou The Expanse.
L’intérêt pour la franchise s’est rallumé avec le film d’animation Babylon 5: The Road Home, sorti en 2023.
Au moment où nous écrivons ces lignes, aucun reboot n’a encore été confirmé sur une nouvelle plateforme. J. Michael Straczynski et Warner Bros. Television continuent toutefois d’en étudier la possibilité, d’après Warner Bros. Television. Mieux vaut donc rester prudent. S’il y a du nouveau, nous vous tiendrons au courant.
Au-delà de son statut de série culte, Babylon 5 reste une œuvre d’une étonnante actualité.
Il reste encore beaucoup à explorer autour de la série, qu’il s’agisse de sa réception hors du monde anglophone, de sa réflexion sur l’économie et la philosophie, ou du rôle pionnier joué par ses communautés de fans en ligne. Vingt-cinq ans plus tard, les discussions continuent. Et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.
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