Les nouveaux assistants de code et de test font gagner un temps fou sur la conception d’applications, le prototypage et l’automatisation de certaines étapes du développement logiciel, d’après des travaux du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Mais le point de blocage s’est déplacé. Aller plus vite ne garantit ni l’usage, ni l’intérêt réel, ni le succès commercial.
Ça rebat les cartes dans la hiérarchie des priorités de la tech. Quand produire devient plus facile, la rareté ne disparaît pas, elle change d’endroit : elle se loge dans l’attention des utilisateurs et dans la qualité des décisions produit.
Les équipes peuvent multiplier les փորձériences, certes, mais il faut aussi trancher plus vite sur celles qui méritent d’être poursuivies, corrigées ou arrêtées.
Les travaux du MIT vont dans cette direction. Le nombre de nouvelles applications qui arrivent sur les boutiques progresse, selon l’institut, mais l’usage, lui, n’augmente pas au même rythme.
En clair, l’offre logicielle grossit plus vite que le temps que les clients peuvent y consacrer. Et ce temps-là reste plafonné.
C’est souvent là que se joue une bonne part de l’échec produit. Le problème n’est pas forcément une mauvaise exécution. Très souvent, c’est une mauvaise lecture du marché.
Le constat rappelé par le MIT est brutal : 42 % des start-up échouent parce qu’elles interprètent mal la demande, entre 70 et 80 % des nouveaux produits de grande consommation disparaissent rapidement, et 95 % des lancements restent sous les attentes de départ. Plus troublant encore, accélérer le développement peut aussi accélérer la fabrication de fonctions dont personne ne se sert. Un rapport de 2019 cité par le MIT estimait qu’environ 80 % des fonctionnalités sont rarement utilisées, voire jamais.
L’avantage concurrentiel décisif se déplace donc vers la compréhension des usages. Les données comportementales et l’analyse produit servent à voir ce que les utilisateurs regardent vraiment, ce qu’ils utilisent de façon répétée, où ils bloquent et à quelles étapes ils décrochent (inscription, achat, activation…).
Et, bien souvent, ce type de signal compte davantage que les avis internes, les effets de mode ou les demandes isolées de quelques clients. C’est ce qui permet de faire la différence entre un vrai point de friction et un simple petit plus.
Reste qu’il faut garder une certaine prudence. Les nouveaux outils savent repérer des tendances, résumer des retours marché et suggérer des pistes. En revanche, ils ne portent pas la responsabilité stratégique.
Le réflexe produit redevient donc central : partir du problème, pas de la fonctionnalité, dans une logique de découverte continue et de conception centrée sur l’utilisateur. La question décisive n’est plus seulement : “peut-on le développer ?”
Dans bien des cas, oui. La vraie question, désormais, est plus rude : “est-ce que cela vaut vraiment la peine d’exister ?”