Nvidia a fini par préciser, par la voix de son directeur général Jensen Huang, comment fonctionne son vaste plan de financement des infrastructures de calcul. Au passage, le groupe a apaisé une partie des craintes liées à son risque de crédit. Le message de Huang est clair : Nvidia n’a pas l’intention de se transformer en banquier pour ses propres clients.
Le marché attendait cette clarification. À la mi-2026, d’après les données de marché, le spread des CDS à cinq ans de Nvidia, cet indicateur que les investisseurs regardent pour jauger le risque de défaut perçu, était monté jusqu’à 82 points de base. C’était un plus haut historique pour le groupe, et un niveau peu banal pour une vedette de la tech encore en pleine phase d’expansion.
Ce qui mettait les créanciers sous tension, c’était surtout le spectre d’un financement circulaire, si l’on suit la lecture dominante sur le marché du crédit. En clair, Nvidia aurait pu aider très largement ses clients à acheter ses propres puces et serveurs. La demande aurait été soutenue, oui, mais avec en contrepartie davantage de risque ramené sur le bilan du groupe.
Les inquiétudes se sont encore accentuées quand des informations de marché ont commencé à circuler sur un possible dispositif de garantie pouvant aller jusqu’à 250 milliards, autour d’un très grand projet de centres de données mené par un acteur majeur des modèles conversationnels. Ce qui troublait le marché du crédit n’était d’ailleurs pas tant la dynamique de l’IA elle-même. Le vrai sujet, c’était la possibilité de voir Nvidia s’exposer bien au-delà de son cœur de métier si ces projets ne parvenaient pas à dégager les revenus espérés.
Jensen Huang a depuis recadré publiquement l’ambition de Nvidia. Si l’on s’en tient à ses déclarations, le groupe cherche avant tout à faire venir plus de 500 milliards de capitaux externes pour accélérer le déploiement de centres de données et d’infrastructures de calcul, plutôt qu’à financer lui-même les projets de ses clients.
L’idée, dans la version exposée par Huang, consiste à faire entrer des investisseurs institutionnels, des prêteurs et des spécialistes du leasing afin de convertir ces équipements en actifs finançables à grande échelle. Et pour le marché obligataire, le point décisif est là : l’exposition financière directe de Nvidia resterait plafonnée.
Nvidia ne ferme pas totalement la porte à un soutien ponctuel, au cas par cas, sous la forme par exemple d’une garantie de valeur résiduelle pour faciliter certaines opérations de location. En revanche, pas question d’une garantie large et généralisée qui viendrait engager lourdement son bilan, selon Jensen Huang. Wall Street occupe une place centrale dans ce montage, avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR, via des plateformes indépendantes capables de proposer des prêts, du leasing et des financements indexés sur l’usage réel des équipements.
Après ces précisions, toujours selon les données de marché, la pression sur les CDS s’est détendue et l’action Nvidia, d’abord chahutée, a retrouvé un peu de stabilité. Ceux qui défendent le plan y voient un moyen de sécuriser la croissance du groupe sans trop alourdir son bilan.
Les sceptiques, eux, continuent d’y voir tous les ingrédients d’une possible bulle de financement autour des centres de données. Au fond, la vraie question est assez simple : les revenus futurs seront-ils vraiment à la hauteur des milliers de milliards qui pourraient être investis dans les prochaines années ?
Mieux vaut donc rester prudent.