Uber estime que la phase du « tokenmaxxing », autrement dit la course à l’usage massif des modèles génératifs mesurée au volume de requêtes ou de tokens consommés, touche à sa fin. Praveen Neppalli Naga, le directeur technique d’Uber, explique que les entreprises ne cherchent plus seulement à montrer qu’elles font tourner ces modèles à grande échelle. Elles veulent désormais savoir ce que cela rapporte vraiment, en temps gagné, en efficacité et en résultats concrets pour l’activité.
Le terme s’est installé pour décrire une période où l’on jugeait souvent la réussite au nombre de requêtes traitées ou de tokens avalés. Chez Uber, cette logique arrive aujourd’hui au bout de ce qu’elle peut montrer. L’attention se porte désormais sur des indicateurs beaucoup plus tangibles : la productivité des équipes, la baisse des coûts unitaires, l’effet mesurable sur les opérations. Dit plus simplement, utiliser plus d’outils génératifs ne suffit plus. Il faut démontrer qu’ils améliorent réellement le travail.
Ce virage intervient alors que les dépenses mondiales du secteur devraient approcher les 2 500 milliards de dollars en 2026. Uber avance aussi qu’à peine 25 % des projets lancés en 2025 auraient atteint les résultats espérés. Le décalage entre l’argent investi et la valeur réellement obtenue semble donc se creuser.
Uber assure toutefois avoir trouvé un meilleur point d’équilibre. Depuis le début de l’année, le nombre de salariés utilisant des outils avancés aurait été multiplié par quatre, pendant que le coût par token reculait. Pour y arriver, l’entreprise a actionné plusieurs leviers : mise en cache des prompts, recours à des modèles par défaut plus efficaces, meilleure visibilité sur la consommation interne. L’idée n’est pas de freiner l’adoption. C’est de la rendre plus rationnelle.
Et cette discipline n’a visiblement rien d’accidentel. Plus tôt dans l’année, Uber aurait déjà consommé dès le mois d’avril l’intégralité du budget 2026 prévu pour Claude Code d’Anthropic. L’épisode montre bien, selon l’entreprise, à quelle vitesse la facture peut s’envoler pendant une phase d’adoption intense.
Au-delà du contrôle des coûts, Uber cherche aussi à revoir la façon dont le travail s’organise. L’entreprise a lancé des « Agentic Pods », des équipes intégrées pendant deux semaines dans différents services pour repenser certains workflows avec ces outils. D’après Uber, une tâche de planification financière serait ainsi passée de 15 heures à 30 minutes. La production de certains rapports, elle, serait tombée de deux jours à 10 minutes.
Pour Uber, cette méthode reflète un mouvement plus large dans le secteur : davantage de changements de modèle selon les usages, de mise en cache sémantique, de réduction des tokens, et le recours à des modèles plus petits pour les tâches simples. Une enquête récente citée par l’entreprise indique que 84 % des dirigeants interrogés disent voir une hausse des retombées financières. Mais le marché semble entrer dans une autre phase, avec moins d’effets d’annonce et davantage de preuves à fournir. Mieux vaut donc rester prudent.