Depuis novembre 2024, Ben Affleck ne s’imagine pas Hollywood avalé par un scénario à la « Skynet ». Invité d’un événement Bloomberg Screentime ce mois-là, l’acteur et réalisateur expliquait qu’il ne voyait ni les machines prendre le contrôle des studios, ni le cinéma et la télévision disparaître à brève échéance sous la poussée des nouveaux outils d’intelligence artificielle. À ses yeux, on parle d’« une autre forme d’informatique », dans le prolongement des avancées techniques qui ont déjà bousculé les tournages comme la post-production.
Il va même plus loin : selon lui, le film et la télévision comptent parmi les secteurs « les moins susceptibles » d’être désintermédiés. Son idée tient en peu de mots. Les systèmes d’IA peuvent faire gagner du temps sur certaines tâches, faire baisser une partie des coûts, soulager les étapes les plus pesantes d’une production. En revanche, toucher à l’intention artistique, c’est une autre affaire. C’est ce qu’il défend publiquement depuis novembre 2024. Lors de ce même événement Bloomberg Screentime, il disait déjà qu’une machine pouvait produire des « vers imitatifs », pas « Shakespeare ». En clair, il ne croit pas à un remplacement pur et simple de l’auteur, du metteur en scène ou des interprètes. Il y voit plutôt une boîte à outils capable d’effacer une part du travail fastidieux qui entoure la fabrication d’un film.
Cette lecture a pris un relief particulier après la révélation, en 2026, du rachat par Netflix d’InterPositive, une société que Ben Affleck avait fondée discrètement en 2022. Le montant de l’opération tournerait autour de 587 millions, en espèces. L’entreprise comptait moins de 20 salariés, désormais intégrés chez Netflix, et Affleck a rejoint le groupe comme conseiller. InterPositive n’avait pas été pensée pour fabriquer des films entiers à partir de simples instructions textuelles. Ses outils, conçus par des professionnels du secteur pour des professionnels du secteur, visaient surtout la post-production : correction de lumière, recadrage des plans, réparation d’erreurs de continuité. Leur particularité tenait à leur méthode d’entraînement. Ils travaillaient à partir des rushes quotidiens d’une production donnée, au lieu d’inventer de nouvelles scènes de toutes pièces.
Sur Hollywood, son ton reste donc assez calme. Sur l’éducation, beaucoup moins. Il dit craindre une forme d’« impuissance acquise », c’est-à-dire une dépendance grandissante à des outils qui finissent par émousser l’effort intellectuel. Et il cite un chiffre qui, selon lui, devrait alerter : une hausse de 30 % du nombre de notes A attribuées à l’université sur les trois dernières années.
Le dossier raconte aussi quelque chose de plus large. Les studios et les plateformes utilisent déjà ces technologies d’intelligence artificielle dans les coulisses : analyse de catalogues, préparation de prévisualisations, retouches d’effets visuels, nettoyage des dialogues, étalonnage des images, accélération de la post-production. Pour certains, l’implication d’Affleck montre qu’un usage encadré, pensé autour des équipes créatives, peut exister. Pour d’autres, le secret qui a entouré InterPositive pendant plusieurs années alimente exactement la critique qui traverse tout Hollywood : prudence dans la parole publique, investissements très concrets en privé.
Rien n’est tranché pour autant. Une projection évalue ce marché des médias et du divertissement à 24,04 milliards en 2025, puis à 194,08 milliards d’ici 2034 ; une autre estimation le voit atteindre 87,44 milliards dès 2030. Le fond du sujet, lui, n’a pas bougé : emploi, droit d’auteur, valeur du travail créatif. Les grèves du Writers Guild of America (WGA) et de SAG-AFTRA en 2023 l’avaient déjà rappelé.