Des procureurs fédéraux américains se penchent à nouveau sur Binance, la plateforme d’échange de cryptomonnaies. Ils cherchent à déterminer si l’entreprise n’a pas empêché, ou si elle a au contraire laissé passer en connaissance de cause, des opérations pouvant enfreindre les sanctions imposées par les Etats-Unis à l’Iran.
D’après plusieurs sources concordantes, l’enquête serait suivie à la fois par la division criminelle du ministère américain de la Justice (DOJ) et par le bureau du procureur fédéral de Manhattan.
À ce stade, aucune inculpation n’a été annoncée contre Binance. Et une enquête fédérale ne débouche pas forcément sur des poursuites. Mieux vaut donc rester prudent.
Pour l’instant, toute la différence est là : une enquête n’est pas une accusation formelle. On suivra les développements.
Autre élément troublant, le DOJ n’a pas accusé publiquement Binance dans la plainte civile de confiscation liée à cette affaire. Pourtant, à lire cette même procédure, on voit bien que le contexte judiciaire place clairement la plateforme dans le champ de vision des autorités.
Cet épisode s’ajoute à un dossier plus vaste autour d’un présumé système de blanchiment lié au pétrole iranien.
En septembre 2026, le DOJ a engagé une action civile pour tenter de saisir environ 61 millions de dollars, que le ministère américain de la Justice présente comme liés à des ventes de pétrole iranien sur le marché noir. Dans sa plainte civile, le DOJ affirme que Blessed Trust et Hexa Whale ont utilisé des comptes Binance afin de faire circuler plus de 1,5 milliard de dollars, avec des fonds qui auraient eu vocation à profiter au gouvernement iranien et au Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC).
Le sujet est d’autant plus sensible que Binance a déjà passé un accord massif avec les autorités américaines en 2023. L’entreprise avait alors plaidé coupable dans un dossier portant sur des manquements en matière de lutte contre le blanchiment et de respect des sanctions. Montant de l’addition : 4,3 milliards de dollars, selon cet accord conclu avec les autorités américaines.
Dans ce règlement précédent, Binance avait admis des failles de conformité impliquant des juridictions sous sanctions, parmi lesquelles l’Iran. Des documents relayés à l’époque faisaient aussi état de plus de 898 millions de dollars de transactions entre des utilisateurs américains et des utilisateurs situés en Iran, entre janvier 2018 et mai 2022.
L’affaire arrive aussi après une polémique interne. En février 2026, la presse rapportait que Binance avait suspendu ou licencié au moins quatre enquêteurs conformité. Leur tort, selon ces informations : avoir tiré la sonnette d’alarme au sujet de 1,7 milliard de dollars de paiements venus de Blessed Trust et Hexa Whale vers des portefeuilles prétendument liés à des entités soutenues par l’Iran sous sanctions, dont les rebelles houthis au Yémen.
Binance, de son côté, conteste toute faute et soutient que ces départs n’avaient aucun lien avec l’enquête.
Dans sa communication publique, la plateforme affirme appliquer une « tolérance zéro » aux violations des sanctions, coopérer pleinement avec les forces de l’ordre et continuer à repérer puis exclure les acteurs illicites. L’entreprise a aussi attaqué le Wall Street Journal pour diffamation au sujet de certains articles liés à ce dossier.
L’enjeu dépasse de loin Binance seule. La société se présente comme la plus grande plateforme crypto au monde, avec 11 400 milliards de dollars de volume d’échanges au premier semestre 2026 et plus de 320 millions d’utilisateurs en juillet 2026, d’après ses propres chiffres.
Si la pression judiciaire monte encore, l’effet pourrait se faire sentir sur la confiance du marché et sur les flux vers les grands exchanges, alors que la surveillance du rôle des cryptos dans le contournement des sanctions se durcit déjà. Des recherches citées par la presse estiment enfin que les envois de crypto vers des entités sanctionnées ont grimpé de près de 700 % en 2025, jusqu’à environ 104 milliards de dollars. Pour des plateformes de plus en plus sommées de repérer les adresses partagées et les autres signaux d’alerte, le message est difficile à ignorer.