En juillet, le ministère américain de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) a demandé à toutes les agences civiles fédérales de retirer DeepSeek, l’éditeur chinois d’IA, de leurs systèmes informatiques et d’arrêter tout achat de produits ou de services liés à l’entreprise. C’est ce qui ressort de l’avis officiel du DHS rendu public le 19 octobre. La consigne ne se limite pas à bloquer une application: elle vise aussi les outils fournis par des tiers quand ils reposent sur les modèles de DeepSeek, y compris quand cette technologie tourne en arrière-plan.
Dans cet avis, le département explique voir dans l’usage de DeepSeek « plusieurs vecteurs de menace ». La crainte principale porte sur un possible transfert de données sensibles vers la République populaire de Chine, que ce soit par l’intermédiaire d’employés fédéraux ou de sous-traitants. Le texte mentionne aussi des risques de cybersécurité plus classiques, avec l’éventuelle présence de code malveillant ou d’autres failles.
Le champ d’application est large. Il couvre les applications de DeepSeek, les services qui y sont liés, mais aussi les logiciels tiers bâtis à partir de ses modèles. Pour les administrations concernées, on est donc loin d’une simple suppression d’appli. La mise en conformité risque d’être nettement plus lourde.
DeepSeek étant diffusé sous une forme facilement réutilisable, ses modèles peuvent se retrouver intégrés dans une foule d’outils, parfois sans que les équipes informatiques le voient tout de suite. Les agences ne doivent donc pas seulement désinstaller un programme identifié. Elles doivent aussi repérer les services, extensions, plateformes ou prestataires qui s’appuient, même en partie, sur cette technologie.
Le travail promet d’être long, surtout dans les grandes structures où les parcs informatiques sont hétérogènes.
Autre point assez surprenant: d’après l’avis public du département de la Sécurité intérieure, le document n’a été publié que le 19 octobre alors que la restriction serait en place depuis juillet. Elle concernerait notamment des agences relevant des départements du Trésor, d’État et de la Justice. En revanche, les entités rattachées au département de la Défense ne seraient pas visées par ce dispositif précis, qui reste cantonné au périmètre civil fédéral.
Cette décision prolonge une série de mesures déjà prises aux États-Unis. Le département du Commerce et la Navy avaient déjà banni DeepSeek de leurs appareils officiels. Plusieurs États ont fait de même, parmi lesquels New York, le Tennessee et la Virginie.
Et le sujet dépasse largement le seul cas DeepSeek. À Washington, cette offensive s’insère dans la rivalité technologique avec Pékin autour de l’IA générative et des infrastructures numériques critiques. L’Australie a déjà interdit DeepSeek sur les appareils fédéraux. Le Royaume-Uni a bloqué son usage sur les terminaux gouvernementaux tout en mettant en garde contre les risques liés aux données. De son côté, l’Union européenne travaille à des mécanismes d’évaluation de sécurité plus stricts.
Author: Manuel Bosque
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