Le Canadarm original de la NASA, silhouette devenue indissociable de la navette spatiale et vitrine du génie canadien, a rejoint en juin 2026 la liste des Milestones de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE) comme 300e entrée. L’IEEE réserve cette distinction aux réalisations techniques qui ont fait date et laissé une trace durable dans la société.
Pour nombre d’observateurs, cette reconnaissance met surtout noir sur blanc ce que le milieu spatial savait déjà depuis longtemps. Le Canadarm a changé la façon de manipuler des charges en orbite, de récupérer des satellites et de mener des opérations de maintenance délicates, en particulier autour du télescope spatial Hubble.
Conçu par SPAR Aerospace, aujourd’hui intégré à MDA Space, le Canadarm est décrit par l’IEEE comme le premier système robotique spatial au monde. Son arrivée au palmarès des Milestones le place aux côtés d’innovations qui ont réellement infléchi l’histoire de la technologie.
Son nom officiel était Shuttle Remote Manipulator System (SRMS). Selon l’IEEE, il a pris part à 90 des 135 missions de la navette spatiale.
Le premier déploiement remonte à 1981. Ensuite, sa carrière s’est étirée sur 30 ans, jusqu’à la fin de l’ère des navettes, toujours selon l’IEEE.
Pendant tout ce temps, son rôle a été décisif. Déploiement de charges utiles, récupération de satellites, repositionnement d’équipements en orbite, appui aux missions de réparation, il était partout où la précision comptait.
Il a notamment été mobilisé lors des interventions, devenues historiques, sur Hubble. Ces opérations ont contribué à prolonger la vie scientifique de l’observatoire.
Détail assez frappant, ce bras robotique de 15,2 mètres ne pesait que 410 kilogrammes, tout en étant capable de manipuler jusqu’à 266 000 kilogrammes en microgravité, d’après l’IEEE.
Son développement aurait coûté environ 108 millions de dollars, selon l’IEEE. Avec le recul, cet investissement a pesé lourd dans le programme de la navette.
Le Canadarm n’a d’ailleurs pas été seulement un exploit d’ingénierie. Il s’est aussi imposé comme un symbole très concret de la contribution du Canada aux vols habités de la NASA et, pendant des décennies, de la coopération technologique entre Ottawa et Washington dans le domaine spatial.
Et cet héritage n’a rien d’un souvenir figé.
Canadarm2 est en service sur la Station spatiale internationale (ISS) depuis 2001, aux côtés du robot Dextre. À eux deux, ils prolongent une tradition canadienne de robotique orbitale devenue indispensable au fonctionnement de la station.
En juin 2026, l’un des joints de Canadarm2 a encore été remplacé au cours d’une sortie extravéhiculaire. Un rappel très concret que ces systèmes sont toujours entretenus comme des infrastructures critiques.
La suite devait s’appeler Canadarm3, un système plus autonome pensé pour la station lunaire Gateway.
Puis, en août 2026, l’Agence spatiale canadienne a indiqué qu’elle réorientait les investissements prévus vers des opérations robotiques à la surface de la Lune dans le cadre du programme Artemis.
Le nom Canadarm n’appartient donc pas qu’au passé. Pendant que ce 300e Milestone de l’IEEE inscrit définitivement le premier dans l’histoire spatiale, la suite, elle, regarde déjà vers la Lune.