Will Gluck raconte avoir retiré « énormément » de nudité de One Night Only. Aujourd’hui, il a le sentiment que le public supporte moins bien ce type de scènes, surtout quand il les découvre au milieu d’une salle bondée. À l’entendre, les nouveaux usages, plus solitaires et plus nomades, ont aussi déplacé le regard porté sur la nudité.
Il précise que ce choix ne vient pas seulement d’un ressenti personnel. Il parle de pages entières de « données empiriques » et de retours négatifs pendant les projections-test. Mieux vaut quand même garder un peu de distance.
Car ces fameuses données mentionnées par Will Gluck n’ont pas été publiées. Et, à ce stade, aucune vérification indépendante ne permet de les confirmer.
Son idée de fond tient en peu de mots : la nudité serait devenue, dans l’esprit du public, quelque chose de plus intime que collectif. C’est assez frappant, d’ailleurs. Ce que beaucoup tolèrent sans problème sur un smartphone, une tablette ou une plateforme de streaming, seuls chez eux, passe parfois beaucoup moins bien dans le noir d’une salle, avec des inconnus assis juste à côté.
Cette lecture colle à un mouvement plus large dans le cinéma américain grand public. Une étude du chercheur Stephen Follows montre que la présence de sexe et de nudité dans les 250 plus gros succès américains a baissé de près de 40 % depuis 2000. Et le chiffre le plus parlant est peut-être ailleurs : toujours selon Stephen Follows, la part des films les plus rentables sans la moindre scène de sexe ni de nudité est passée de moins de 20 % au début des années 2000 à près de 50 % en 2023.
Chez les plus jeunes, la réserve paraît encore plus nette.
D’après un sondage de Talker Research publié en 2024, 43 % des spectateurs de la génération Z disent avoir déjà arrêté un film à cause d’une scène de sexe explicite. C’est le taux le plus élevé de toutes les générations interrogées.
Le même sondage indique aussi que presque la moitié des répondants juge ces scènes souvent inutiles pour l’histoire. Pour les studios, ce n’est pas un détail. Dans un marché où l’attention se disperse entre la salle, le streaming, les réseaux sociaux et les vidéos courtes, tout ce qui risque de faire décrocher le public est observé de très près. Si des projections-test montrent qu’une partie des spectateurs sort du film à cause d’une séquence jugée trop graphique, couper la scène devient vite une option tentante.
Ce recul des contenus explicites ne tient pas qu’aux préférences du public. Depuis l’ère #MeToo, les scènes intimes sont examinées de façon plus stricte, avec des coordinateurs d’intimité sollicités plus souvent et des échanges beaucoup plus encadrés sur les plateaux.
Il y a aussi des raisons très terre à terre : éviter une classification plus sévère, élargir au maximum l’audience potentielle, ou encore réduire les risques de censure sur certains marchés internationaux. Les réactions aux propos de Will Gluck sont d’ailleurs partagées. Certains commentateurs estiment que le problème n’est pas la nudité en elle-même, mais des scènes mal écrites ou mal fondues dans le récit. D’autres ont préféré en rire sur les réseaux sociaux, en réclamant carrément un « Gluck Cut » plus explicite.
Un point revient souvent dans les échanges : la plupart des analyses regardent surtout ce qui se passe aux États-Unis. Les comparaisons avec d’autres marchés, en particulier européens, où la représentation du corps a longtemps été plus permissive, restent assez peu fréquentes. Reste que sur le marché américain grand public, le signal devient difficile à manquer : moins de nudité, moins de sexe, et des studios qui avancent avec de plus en plus de précaution.
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