À Londres, le collectif militant Everyone Hates Elon a collé ces derniers jours, dans un abribus, une affiche non officielle qui s’en prend directement aux lunettes connectées Ray-Ban Meta. On y voit Jeffrey Epstein coiffé des Ray-Ban Meta, dans une image qui reprend les codes de la pub pour mieux les tordre, avec une intention claire: choquer, et remettre au premier plan les risques liés à la captation discrète d’images et de sons.
Le slogan, signé Everyone Hates Elon, ne cherche même pas à laisser planer le doute: « Glasses for people who don’t do consent », autrement dit des lunettes « pour les gens qui ne respectent pas le consentement ». Le collectif dit vouloir pointer du doigt un produit qui, à ses yeux, pourrait faciliter l’enregistrement de femmes et d’enfants à leur insu.
Lunettes Meta : une campagne choc relance les craintes sur la vie privée
L’action vise les Ray-Ban Meta, commercialisées entre 247 et 459 livres sterling selon les modèles, d’après Meta. Ces lunettes peuvent prendre des photos et filmer en haute résolution grâce à un capteur de 12 mégapixels. Des microphones intégrés permettent aussi d’enregistrer le son, comme l’indiquent les caractéristiques publiées par Meta.
Et c’est bien cette discrétion qui cristallise les critiques. Pour ceux qui s’opposent au produit, le problème principal tient au fait qu’une personne filmée peut très bien ne pas comprendre tout de suite qu’un enregistrement est en train d’être lancé. Meta a prévu une LED qui s’allume pendant la capture, mais ses détracteurs estiment que ce signal lumineux reste trop discret pour offrir une vraie garantie dans l’espace public.
Pourquoi l’affiche fait autant réagir
Everyone Hates Elon dit avoir retenu l’image d’Epstein comme figure des « puissants et des prédateurs », avec l’idée de frapper fort plutôt que de miser sur la subtilité. Le choix a aussitôt relancé une discussion sur les limites de la provocation dans l’activisme visuel: pour certains, le parallèle touche juste; pour d’autres, il choque pour rien et peut même s’avérer traumatisant pour une partie du public.
Au-delà de cette affiche, la contestation s’inscrit dans un malaise plus large autour des lunettes connectées. Ces derniers mois, plusieurs critiques ont circulé au sujet de personnes filmées sans leur accord, parfois dans des lieux tout à fait ordinaires, avant que ces images ne se retrouvent sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas forcément l’usage le plus courant, mais cela alimente une inquiétude tenace: quand l’appareil est porté sur le visage, la frontière entre regarder et enregistrer devient encore plus floue.
La réponse de Meta et la question des régulateurs
Meta assure de son côté avoir intégré des protections pour la vie privée dès la conception du produit et dit travailler sur de nouvelles améliorations. Le groupe a aussi précisé que l’appareil était censé désactiver la caméra si le voyant lumineux d’enregistrement semblait avoir été modifié ou neutralisé.
La polémique, elle, ne retombe pas. Mieux vaut donc garder un peu de recul. Au Royaume-Uni comme en Europe, les autorités chargées de la protection des données se penchent de plus en plus sur la façon dont les lois actuelles s’appliquent à ces objets connectés que l’on porte en permanence. La question tient en peu de mots, mais elle reste entière: quand une caméra se confond avec une paire de lunettes ordinaire, est-ce que les règles en place protègent encore vraiment le public ?
À Londres, cette « publicité » sauvage ne tranche rien. En revanche, elle remet le sujet, assez brutalement, au milieu de la conversation.
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