D’après des documents administratifs, au moins deux bureaux du shérif en Floride ont acheté des lunettes connectées Ray-Ban Meta, un produit de Meta, en octobre 2024 puis en mai 2025. Un signe, au passage, que ce type d’appareil commence à entrer dans les usages policiers les plus ordinaires, avec au bout du compte les mêmes questions qui reviennent sur l’encadrement et la vie privée.
Le Broward County Sheriff’s Office en a acheté plusieurs paires en mai 2025. De son côté, le bureau du shérif du comté d’Okeechobee en a acquis six en octobre 2024, toujours selon ces documents administratifs.
Les raisons mises en avant sont assez concrètes : Broward parle de besoins liés à son unité d’infiltration spécialisée dans les crimes contre les enfants sur Internet. Okeechobee, lui, mentionne un usage par son service informatique pour du « dépannage à distance », d’après les mêmes documents.
On comprend assez vite l’intérêt.
Les Ray-Ban Meta permettent de prendre des photos, d’enregistrer de la vidéo, de diffuser en direct et d’accéder à un assistant intégré.
Pour des agents, ça peut servir à documenter une intervention, à montrer une scène en temps réel ou à récupérer rapidement certaines informations, sans avoir à sortir un téléphone ni à manipuler une caméra beaucoup plus visible.
Et c’est justement là que les inquiétudes commencent.
Contrairement à une caméra-piéton classique, les Ray-Ban Meta ont l’apparence d’une paire de lunettes banale.
Meta a bien prévu un petit voyant lumineux pour signaler qu’un enregistrement est en cours. Le problème, selon ses détracteurs, c’est qu’il peut facilement passer inaperçu, ou être dissimulé.
Meta affirme de son côté que le logiciel empêche l’enregistrement si ce voyant a été altéré.
Pour les défenseurs des libertés publiques, la question ne se limite pas à ce point technique.
Des lunettes capables de filmer discrètement des passants, des témoins ou des manifestants peuvent refroidir des gens qui voudraient s’exprimer librement ou participer à une manifestation.
Mieux vaut donc ne pas balayer le sujet trop vite.
Autre flou : les règles d’usage.
Qui a le droit de porter ces lunettes ? Dans quelles situations ? Faut-il prévenir les personnes filmées ? Combien de temps les images sont-elles conservées, et dans quel système ?
Sur ce terrain-là, on ne voit pas très clair.
Le Broward County Sheriff’s Office aurait notamment refusé de rendre publiques ses règles internes sur le sujet, d’après des informations publiques.
Et la Floride n’a pas vraiment l’air d’être un cas à part.
Des agents de l’U.S. Customs and Border Protection auraient déjà été vus avec des Ray-Ban Meta lors d’opérations liées à l’immigration, selon des informations publiques, même si aucun partenariat officiel avec Meta n’a été annoncé.
Plus largement, les forces de l’ordre testent depuis plusieurs années des dispositifs portables capables d’afficher, directement dans le champ de vision, des cartes, des fiches de suspects, des images thermiques ou encore des outils de traduction, selon des informations publiques.
Le département de la Sécurité intérieure travaillerait lui aussi sur des lunettes connectées à une base de données biométriques pour faire de la reconnaissance faciale à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, toujours selon des informations publiques.
Pour l’instant, on trouve pourtant très peu d’informations publiques sur les autres services de police qui testent ou déploient ces appareils, sur les garde-fous réellement en place, ou sur leur efficacité concrète en matière de sécurité, de baisse de la criminalité ou de relations avec le public.
Et c’est ce manque de visibilité, plus que tout le reste, qui risque d’alimenter le débat bien au-delà de la Floride.
Nous vous tiendrons au courant.