Plus on regarde Revival de Stephen King, plus le livre paraît fait pour une mini-série que pour un film. L’abandon du long métrage développé chez Warner Bros., avec Mike Flanagan au scénario et à la réalisation, n’a fait que confirmer cette impression. Le projet a fini par tomber à l’eau, entre des questions de budget et une conclusion jugée trop ambitieuse, trop noire aussi, pour un studio.
Paru en 2014, Revival passe souvent pour le roman le plus franchement lovecraftien de Stephen King, avec son obsession religieuse, son savoir interdit et cette vision terrifiante d’un univers totalement indifférent. Pour le petit écran, c’est presque l’idéal. Ce type d’horreur cosmique gagne à s’installer, à contaminer lentement le récit, pas à se précipiter.
Le nœud du problème au cinéma est assez simple. L’histoire suit Jamie Morton à plusieurs âges de sa vie, tout en construisant sa relation avec Charles Jacobs, un pasteur brillant dont la foi s’effondre après une tragédie personnelle.
Sur 8 à 10 épisodes, une série limitée aurait le temps de laisser exister la chute de Charles Jacobs, l’addiction puis la reconstruction de Jamie Morton, et cette mue progressive de Charles Jacobs en guérisseur de foire de plus en plus inquiétant. C’est justement ce qu’un film de deux heures risquerait d’aplatir: l’accumulation lente du malaise, la charge émotionnelle et existentielle du récit, puis le final apocalyptique. En télévision, les personnages pourraient respirer un peu, sans que la montée de la terreur y perde quoi que ce soit.
Et puis il y a Mike Flanagan. Difficile de trouver un choix plus naturel pour porter un matériau pareil à l’écran. Gerald’s Game et Doctor Sleep ont déjà montré qu’il savait adapter des récits psychologiques et spirituels complexes.
Ses séries aussi, de The Haunting of Hill House à Midnight Mass, sans oublier The Midnight Club, disent la même chose. Flanagan maîtrise des thèmes qui sont au cœur de Revival: le deuil, la foi, le fanatisme, la dépendance, l’horreur qui couve longtemps avant d’exploser. Il n’y a pas beaucoup de créateurs, aujourd’hui, qui semblent aussi capables d’affronter la brutalité métaphysique du roman sans en adoucir la fin. Et l’idée se renforce encore avec l’information selon laquelle Mike Flanagan doit aussi réaliser une nouvelle adaptation de The Mist, autre texte de Stephen King nourri par une horreur cosmique à la parenté lovecraftienne très nette.
Les signaux récents vont d’ailleurs dans cette direction. Prime Video a annoncé en août 2026 une adaptation britannique en six épisodes de Crouch End, nouvelle notoirement inspirée par H. P. Lovecraft. Dit autrement, la télévision garde un vrai appétit pour les récits les plus étranges, les plus cosmiques aussi, de Stephen King.
Rien de tout cela ne rend ce pan de son œuvre facile à adapter. From a Buick 8, autre projet kingien aux accents lovecraftiens, a lui aussi connu un développement chaotique. Thomas Jane a expliqué que sa version s’était écroulée après l’expiration des droits pendant la pandémie de Covid, avant qu’ils ne passent chez Atomic Monster, la société de James Wan.
C’est précisément pour ça que Revival a probablement davantage de chances d’aboutir en série qu’au cinéma. Son horreur supporte mal un format trop resserré, et encore moins un compromis de studio. On parle d’une histoire ample, désespérée, profondément dérangeante. Le genre de pari que la télévision de prestige assume aujourd’hui mieux que le grand écran.
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