Les chars de combat principaux passent aujourd’hui, dans leur très grande majorité, par des transmissions automatiques, si l’on s’en tient aux données des constructeurs et aux programmes industriels cités. On est loin des générations plus anciennes, du M4 Sherman de la Seconde Guerre mondiale au T-54 soviétique, qui reposaient sur des systèmes manuels ou semi-manuels bien plus contraignants pour l’équipage. Sur les blindés récents, la boîte manuelle classique a largement reculé.
Les chars modernes utilisent-ils des boîtes automatiques ?
Oui. Dans presque tous les cas.
La logique est assez simple : piloter un char moderne, le protéger et l’employer au combat demande déjà énormément, et alléger la charge du conducteur est devenu un objectif clair.
L’exemple le plus connu reste le M1A2 Abrams américain.
D’après les données publiées par Allison, le M1A2 Abrams reçoit une transmission automatique Allison X1100-3B de type cross-drive, c’est-à-dire un ensemble qui réunit propulsion, direction et freinage. Allison précise aussi que cette transmission a été conçue pour des véhicules chenillés lourds allant jusqu’à environ 75 tonnes, avec des moteurs autour de 1 500 ch. Elle dispose de quatre rapports avant et de deux rapports arrière.
Pourquoi les armées préfèrent l’automatique
Le premier avantage, c’est l’usage en conditions réelles.
Une transmission automatique rend la conduite plus simple, raccourcit la formation et laisse davantage d’attention au pilote pour lire le terrain, gérer les obstacles et suivre les consignes tactiques, au lieu de se concentrer sur le passage des vitesses.
Sur le M1A2 Abrams, cette logique apparaît aussi dans la manière de conduire.
Fait assez surprenant, le conducteur du M1A2 Abrams ne pilote pas l’engin avec un volant classique ni avec une gestuelle proche de celle d’une voiture. Il est installé en position semi-allongée et utilise un manche de conduite muni de poignées d’accélération. L’ensemble a été pensé pour rendre l’engin plus maniable malgré son poids.
Et cette évolution ne touche pas seulement les chars occidentaux.
D’après les informations publiques disponibles sur les programmes mentionnés, la Russie a adopté une boîte automatique sur le T-14 Armata. Du côté chinois, la famille Type 99 est passée de solutions manuelles à des systèmes semi-automatiques plus simples à utiliser sur les versions les plus récentes.
La prochaine révolution : l’hybride-électrique
Le changement qui se profile pourrait aller au-delà de la seule boîte automatique.
Les industriels travaillent maintenant sur des transmissions hybrides-électriques, qu’ils présentent comme la prochaine grande étape pour les blindés lourds.
L’intérêt est assez clair et il ne se limite pas à un seul point : veille silencieuse, déplacement plus discret, meilleure efficacité énergétique, signatures réduites, aussi bien thermique qu’acoustique, et plus de puissance électrique pour faire tourner les équipements embarqués, qu’il s’agisse des capteurs, des radios ou des systèmes de protection active.
Plusieurs programmes laissent penser, si l’on suit les industriels concernés, que le basculement a déjà commencé.
RENK met en avant sa transmission hybride-électrique ATREX. Rolls-Royce et ZF développent une chaîne de traction pour le futur MGCS franco-allemand. Le futur M1E3 Abrams américain revient aussi régulièrement, dans les présentations industrielles publiques, comme un candidat naturel à une propulsion hybride. Dans le même temps, Allison continue de faire évoluer la famille X1100, tandis que le Challenger 3 britannique doit recevoir une nouvelle transmission dans le cadre de sa modernisation.
Ce que l’on sait encore mal
Une bonne partie du sujet reste malgré tout difficile à éclairer.
Les données indépendantes sur la fiabilité réelle, la durabilité et les performances en opération des transmissions modernes restent limitées, surtout lorsqu’il s’agit des chars russes et chinois les plus récents.
On dispose aussi de peu de retours publics sur la maintenance et sur la logistique que les solutions hybrides imposeront dans des environnements austères. Prudence, donc.
Une chose semble déjà acquise : sur les chars modernes, la boîte manuelle relève de plus en plus du passé.