Le 13 novembre 2013, la chaîne britannique ITV diffusait « Curtain: Poirot’s Last Case », dernier épisode de sa série Agatha Christie’s Poirot avec David Suchet dans la peau d’Hercule Poirot. Une conclusion dont on parle encore, tant elle a marqué la télévision britannique. L’épisode a réuni près de 5 millions de téléspectateurs au Royaume-Uni, d’après les audiences britanniques, et il offrait à la série une fin bien plus sombre que ce que son élégance coutumière laissait imaginer.
Quand elle démarre en 1989, la série ITV Agatha Christie’s Poirot va peu à peu devenir un classique du polar télévisé. David Suchet y aura joué Hercule Poirot pendant 24 ans, sur 13 saisons et 70 épisodes. Une longévité peu commune, d’autant plus remarquable pour une série britannique étalée sur plus de vingt ans.
Pourquoi le final de « Poirot » a marqué l’histoire de la télévision britannique
Dans ce dernier épisode, Hercule Poirot n’a plus rien de l’enquêteur souverain des débuts. Il est affaibli, malade, en fauteuil roulant. Il revient à Styles avec le capitaine Arthur Hastings pour ce qui doit être sa toute dernière enquête, face à Stephen Norton, un homme fuyant, presque impossible à atteindre, contre lequel il n’existe aucune preuve directe.
Stephen Norton n’a rien d’un meurtrier ordinaire. Il agit autrement. Il manipule les autres, les pousse à tuer, puis reste, lui, hors d’atteinte sur le plan juridique. Toute la tension de l’épisode tient dans cette impasse : Hercule Poirot comprend que l’homme qu’il traque échappe aux règles mêmes qui ont toujours donné sa forme à son univers, celui de l’ordre, de la logique et de la justice légale.
Puis tout bascule.
Incapable de faire tomber Stephen Norton par les moyens habituels, Hercule Poirot le tue lui-même. Pour une série construite sur la confiance du détective dans la vérité et dans la loi, le choc a été immense. Ce renversement moral fait de ce final l’un des épisodes les plus troublants du genre, et sans doute le plus dérangeant de toute la saga.
Un adieu sombre, fidèle à Agatha Christie
Cette fin a choqué, oui, mais elle a aussi été très saluée par la critique. Ce qui revenait le plus souvent, c’était la performance de David Suchet, l’atmosphère crépusculaire de l’épisode, et sa fidélité au roman « Curtain » d’Agatha Christie. Le livre lui-même a une histoire à part : écrit pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’a été publié qu’en 1975, peu avant la mort de l’autrice.
Si ce final reste aussi présent dans les mémoires, c’est aussi à cause de son poids thématique. Beaucoup y voient une réflexion sur l’ambiguïté morale : Hercule Poirot protège peut-être de futures victimes, mais il le fait en trahissant ses propres principes. D’autres lectures insistent sur des résonances religieuses, liées à sa foi catholique et à cette fin qui prend presque la forme d’un sacrifice.
Un détail de production ajoute encore à la charge émotionnelle de cet adieu : à la demande de David Suchet, l’épisode final a été tourné en premier pendant le dernier bloc de production, pour que ce départ soit moins éprouvant pour l’équipe.
Et maintenant, le retour de Poirot ?
Plus de dix ans après ce clap de fin, Hercule Poirot n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction à l’écran. De nouvelles adaptations sont en préparation, avec notamment une prochaine série Poirot sur la BBC et « Hercule » chez BritBox, un projet censé explorer les jeunes années du personnage.
La version ITV s’est donc achevée sur son enquête la plus noire. Mais à l’écran, Hercule Poirot n’a visiblement pas dit son dernier mot.