Au Mipcom, le grand marché international de la télévision qui se tient à Cannes, les pilotes de « Space Nation » et « Kira » seront montrés en avant-première mondiale. C’est ce qu’annoncent Ex Machina Studios, K5 Intl. et le Mipcom. Ex Machina Studios produit, K5 Intl. s’occupe des ventes internationales, et tous deux veulent faire passer une idée simple : des fictions conçues avec des outils génératifs peuvent désormais prétendre au marché mondial de la télévision, pas seulement servir de vitrine technologique.
L’argument qu’ils avancent est de taille. Ex Machina Studios et K5 Intl. présentent ces deux titres comme les premiers pilotes de séries entièrement fabriqués avec ces technologies à être lancés dans le cadre d’un grand marché TV.
Et, pour une fois, il ne s’agit pas seulement d’un coup de communication. Là où beaucoup de formats courts expérimentaux ou de tests visuels restent cantonnés au statut de curiosités, « Space Nation » et « Kira » sont affichés par Ex Machina Studios et K5 Intl. comme de véritables projets commerciaux, avec une stratégie de distribution déjà calée.
K5 Intl. prend en charge la commercialisation mondiale. Ce n’est pas un détail dans un secteur où la plupart des projets pensés avec des moteurs génératifs ont encore du mal à dépasser le stade de l’objet intrigant qu’on regarde, puis qu’on oublie.
Le but, au fond, est limpide : convaincre les diffuseurs et les plateformes.
Le choix du Mipcom n’a rien d’innocent. Le rendez-vous cannois reste l’un des carrefours majeurs de l’industrie télévisuelle mondiale, et cette édition met l’accent sur les usages concrets de l’intelligence artificielle dans la création, la production et la distribution, d’après les informations communiquées par le Mipcom.
Les avant-premières tombent d’ailleurs en même temps que le tout premier forum du Mipcom consacré à ces nouveaux usages, selon l’organisation du salon. Un signe assez clair que le sujet n’est plus traité à la marge. Pour beaucoup d’acteurs du secteur, le moment est en train de changer : on sort de la preuve de concept pour entrer dans celui de contenus épisodiques prêts à être mis sur le marché.
« Space Nation » compte huit épisodes. La série suit des pilotes d’élite chargés de protéger la Terre face à une invasion extraterrestre. Le projet avait déjà fait un passage au Mipcom l’an dernier, avant de décrocher un accord de coproduction avec Globoplay, qui en fera un « Globoplay Original » pour le Brésil, selon Ex Machina Studios.
La série a été conçue par Marco Weber, PDG d’Ex Machina Studios, avec Martin Weisz à la réalisation de l’ensemble des épisodes.
De son côté, « Kira » est une production française en six épisodes signée par les réalisateurs lyonnais Damien Steck et Julien Petit. L’intrigue prend place sur une planète vivante et suit une jeune fille partie retrouver son père pour rétablir l’équilibre de son monde.
Cette poussée s’inscrit dans un mouvement économique plus large. Le marché des contenus génératifs dans les médias et le divertissement était évalué à environ 1,97 milliard en 2024 et pourrait grimper à 20,7 milliards d’ici 2034, si l’on en croit les projections du secteur.
Reste qu’il faut garder la tête froide. Les partisans de ces outils y voient une façon de réduire les coûts et d’accélérer les flux de travail. En face, les critiques mettent en avant les risques pour l’emploi créatif, la propriété intellectuelle et la place laissée au contrôle humain sur les œuvres.
Les accords sociaux conclus à Hollywood en 2023 ont d’ailleurs commencé à fixer quelques garde-fous sur le consentement, la rémunération et les usages autorisés.
À Cannes, « Space Nation » et « Kira » seront donc scrutés de près, moins comme de simples curiosités technologiques que comme un aperçu possible de la prochaine bataille industrielle dans la télévision.