Anthropic prévient aujourd’hui, dans un rapport de son équipe Frontier Red Team, que de petits modèles d’IA pourraient bientôt passer d’un appareil connecté à un autre sans transiter par un centre de données. Le point sensible, ce sont surtout les objets connectés mal protégés. D’après l’entreprise, cette capacité pourrait apparaître dans les prochains mois et donner naissance à des logiciels malveillants plus compliqués à neutraliser que les botnets classiques, faute de bouton central sur lequel appuyer pour tout couper.
Anthropic alerte sur la propagation autonome de modèles sur les objets connectés
Pour voir si ce scénario tient debout, les chercheurs d’Anthropic ont testé toute la chaîne d’une réplication autonome : repérer des appareils vulnérables, s’y installer, s’y exécuter, puis continuer à se diffuser sur un réseau sans intervention humaine.
Leur conclusion est nuancée, mais le fond ne prête pas à confusion : pour l’équipe Frontier Red Team, les petits modèles ouverts ne savent pas encore parcourir tout ce cycle de façon fiable. En revanche, plusieurs arrivent déjà à en exécuter des morceaux.
Anthropic estime donc que des modèles de 30 milliards de paramètres ou moins peuvent, dès maintenant, prendre en charge une bonne partie du travail nécessaire.
Dans un essai très concret, les chercheurs ont acheté 15 boîtiers Android TV sans marque, autour de 55 dollars pièce, pour montrer que le matériel disponible aujourd’hui suffit déjà à héberger un système distribué.
Ils y ont déployé Gemma4-26B, un modèle ouvert de Google. Ça fonctionne, dit Anthropic, mais à un rythme très lent, inférieur à 0,5 jeton par seconde.
Une démonstration encore imparfaite, mais jugée crédible à moyen terme
Le principal blocage, pour l’instant, reste la fiabilité.
D’après Anthropic, les petits modèles font encore trop d’erreurs dès qu’il faut enchaîner toutes les étapes sans supervision.
En revanche, dans un environnement simplifié où la phase de piratage avait été allégée, le modèle GLM-5.2 a réussi à se propager du début à la fin sur un petit réseau d’appareils Android émulés.
Pour Anthropic, le signal est sérieux : si les progrès actuels continuent au même rythme, des modèles compacts pourraient atteindre ce type de capacités dans les prochains mois, même si le cadre de recherche plus large de l’entreprise situe plutôt cette échéance vers la fin 2026.
Mieux vaut donc rester prudent.
Pourquoi les boîtiers TV et autres appareils bon marché inquiètent autant
Les appareils connectés à bas prix forment une cible presque idéale. Ils sont souvent mal mis à jour et arrivent avec des protections réduites au minimum, explique Anthropic.
Le précédent du botnet Kimwolf donne une idée du problème : selon l’entreprise, Kimwolf a infecté plus de 2 millions d’appareils, en grande majorité des boîtiers Android TV sans marque.
Le FBI a déjà alerté sur certains dispositifs de streaming bon marché livrés avec des logiciels malveillants. Des réseaux liés à la Chine, comme Flax Typhoon, ont eux aussi exploité des équipements domestiques et de petits bureaux, toujours d’après Anthropic.
Ce qui inquiète surtout ici, c’est la nature du ver numérique envisagé : au lieu de viser seulement des appareils déjà prévus à l’avance, il pourrait s’adapter en chemin à des appareils inconnus au moment où il se propage.
Une menace potentiellement lente, mais pas invisible
Tout ne penche pas non plus du côté des attaquants.
Anthropic estime qu’une nouvelle copie pourrait mettre une journée , voire davantage, à s’installer puis à repartir infecter d’autres appareils. Même un réseau de la taille de Kimwolf ne fournirait, selon l’entreprise, qu’une puissance équivalente à environ 40 GPU Nvidia H100.
Les défenseurs n’arrivent donc pas sans cartes en main.
Anthropic note par exemple que des transferts de fichiers volumineux entre appareils qui, en temps normal, ne communiquent jamais entre eux pourraient être repérés par les fournisseurs d’accès. Ceux-ci auraient alors la possibilité d’isoler les clients touchés.
Le message adressé par Anthropic aux fabricants est assez direct : il faut enfin renforcer la sécurité par défaut des objets connectés avant que ce genre de scénario ne devienne banal.