D’après le Wall Street Journal, Apple subit en ce moment des pressions directes de l’administration américaine pour ne pas intégrer de puces mémoire chinoises dans ses appareils. Le département du Commerce aurait poussé le groupe californien à se tenir à distance de ces fournisseurs. Ce simple épisode montre une chose très concrète : au-delà des composants eux-mêmes, la chaîne d’approvisionnement des géants de la tech est devenue un dossier géopolitique à part entière.
Pour Apple, le problème est double. Il faut sécuriser les approvisionnements, bien sûr, mais aussi rester en phase avec les priorités stratégiques de Washington. Et, dans ce genre de dossier, les deux ne coïncident pas toujours.
Au cœur de l’affaire, toujours selon le Wall Street Journal, on retrouve deux fabricants chinois : Yangtze Memory Technologies Corp. (YMTC) et ChangXin Memory Technologies (CXMT). YMTC était déjà dans le viseur des autorités américaines en 2022, quand des sénateurs avaient fait part de leurs inquiétudes en matière de sécurité nationale autour d’un possible recours d’Apple à ses puces.
Depuis, l’étau s’est resserré. YMTC a été ajoutée à l’Entity List du département du Commerce américain en décembre 2022, ce qui limite fortement ses relations avec les entreprises américaines. YMTC et CXMT ont aussi été classées par le Pentagone, c’est-à-dire le département de la Défense des États-Unis, parmi les « entreprises militaires chinoises », une qualification que les deux groupes contestent.
Cette affaire s’inscrit dans une stratégie américaine plus large, qui vise à ralentir les progrès chinois dans les semi-conducteurs avancés et l’informatique quantique, tout en renforçant des chaînes d’approvisionnement davantage ancrées chez les alliés de Washington. On n’est plus seulement dans une logique de restriction de certaines exportations. Il s’agit aussi de faire baisser la dépendance des groupes occidentaux envers des acteurs chinois jugés sensibles.
Apple se retrouve donc au milieu d’un bras de fer qui dépasse largement son seul cas, alors même que le constructeur a déjà commencé à déplacer une partie de sa production hors de Chine, notamment vers l’Inde et le Vietnam.
Ce qui rend le dossier encore plus intéressant, c’est qu’en 2026, plusieurs informations faisaient état de tests menés par Apple sur des puces DRAM de CXMT pour certains iPhone et MacBook, avec l’idée de les réserver à des produits destinés au marché chinois. L’intérêt d’Apple pour ces composants aurait aussi une raison très terre à terre : la pénurie mondiale de mémoire pousse les fabricants à ouvrir plusieurs options d’approvisionnement. En clair, Apple doit composer avec des contraintes politiques d’un côté, et des besoins industriels de l’autre.
Et rien n’indique que la pression va retomber rapidement. À Washington, le climat laisse plutôt penser l’inverse. En avril 2026, le projet de loi bipartisan MATCH Act cherchait déjà à durcir encore les contrôles à l’exportation sur les semi-conducteurs, en visant notamment des entreprises comme YMTC et CXMT.
Pékin, de son côté, a répliqué avec ses propres sanctions et des contrôles sur certains matériaux critiques, tout en injectant massivement des moyens dans sa filière nationale. Malgré ces obstacles, les fabricants chinois de mémoire auraient continué à progresser techniquement, toujours selon le Wall Street Journal. Pour les consommateurs, ce face-à-face pourrait finir par se traduire par des appareils plus chers, ou plus difficiles à trouver.