Le réalisateur britannique James Watkins a récemment expliqué, au sujet de Clayface, qu’il avait pu avancer sans vraie tutelle sur le film. D’après lui, il a eu « une liberté totale » et n’a « absolument pas été surveillé de près » par James Gunn et Peter Safran, alors même que Clayface doit tenir sur deux fronts à la fois : raconter, de façon autonome, les origines de Matt Hagen, joué par Tom Rhys Harries, et commencer en même temps à poser les premiers repères de Gotham City dans le nouveau DC Universe.
Conçu comme un film qui se suffit à lui-même, le long-métrage suit une star hollywoodienne qui revient dans sa ville natale après avoir été défigurée par un caïd du coin.
Des traitements expérimentaux lui rendent son visage, mais ouvrent aussi la porte à une chute violente vers l’instabilité psychique et la vengeance. C’est ce cadre-là, très précis, qui a laissé à James Watkins une vraie marge pour façonner assez librement l’identité visuelle et émotionnelle de Gotham City, sans devoir se plier à un cahier des charges verrouillé dans les moindres détails.
La Gotham City qu’il décrit est sale , étouffante, gangrenée par la corruption.
Le cinéaste évoque une ville très concrète, presque poisseuse, en train de se décomposer, couverte d’ordures qui s’entassent faute d’être ramassées, traversée par une atmosphère à la limite de l’asphyxie. Son idée, c’est d’en faire un personnage à part entière, un décor qui installe un malaise constant et qui fasse planer sur le public « l’ombre de la Chauve-Souris », même si Batman n’occupe pas le centre du récit. En creux, cela place nettement le film à l’écart des espaces plus lumineux du DCU, comme Coast City.
Pour mettre cette ambiance en place, James Watkins raconte s’être tourné vers le cinéma expressionniste allemand des années 1930.
Cette influence se voit dans des architectures écrasantes, des perspectives tordues, et dans une ville qui semble en permanence dominer les individus, parfois même les avaler. L’approche passe aussi par des choix très concrets de mise en scène : un format d’image très large et des optiques anamorphiques Panavision C Series des années 1970, pour aller chercher un rendu plus organique, moins poli, moins numérique. Le cadre et la profondeur de champ doivent ainsi isoler Matt Hagen, faire ressortir sa fragilité, et donner encore plus de poids à l’échelle presque monstrueuse de Gotham City.
Côté ton, Clayface ne cache pas du tout sa fibre horrifique.
Parti d’un pitch de Mike Flanagan, puis retravaillé par James Watkins avec le scénariste Hossein Amini, le projet est présenté comme un body horror doublé d’un thriller psychologique, avec des images volontairement graphiques, jugées nécessaires pour faire naître une peur physique , presque palpable. Plus surprenant, le film aurait aussi été produit avec un budget relativement mesuré, entre 30 et 40 millions de dollars, tandis que les projections de démarrage au box-office américain se situent entre 23 et 33 millions. les premiers retours mettent en avant son côté brutal et viscéral, même si, pour l’instant, l’accueil critique dans son ensemble paraît plus partagé. Mieux vaut donc garder un peu de réserve. Reste que si DC Studios cherche un moyen de différencier rapidement les tonalités de son nouvel univers, Clayface pourrait bien être l’un de ses paris les plus audacieux.