D’après le Financial Times, CuspAI, une start-up née à Cambridge il y a à peine deux ans, serait en train de finaliser une levée d’environ 400 millions de dollars, sur la base d’une valorisation de 2,6 milliards. Le journal britannique ajoute que le tour serait emmené par Bezos Expeditions et Kleiner Perkins. Des term sheets auraient déjà été signées, même si l’opération n’est pas encore complètement bouclée.
Pour le moment, rien n’est donc définitivement signé. Si ce financement va bien au bout, CuspAI entrera dans le petit club des jeunes pousses européennes les mieux valorisées du moment. Prudence, quand même.
La trajectoire reste impressionnante. Toujours selon le Financial Times, CuspAI était encore valorisée 520 millions de dollars en septembre 2025. En moins d’un an, sa valeur aurait donc été multipliée par plus de quatre, un rythme qu’on voit rarement, y compris dans les poches les plus prisées de la tech. Nous allons regarder ça de près.
La promesse de CuspAI est vaste, presque provocante : concevoir une sorte de « moteur de recherche du monde matériel ». Sa plateforme s’appuie sur des modèles génératifs et sur le design inverse pour proposer des molécules ou des matériaux dotés de propriétés très précises, par exemple une résistance supérieure, une meilleure conductivité ou une tolérance thermique plus élevée.
La société assure pouvoir aller jusqu’à dix fois plus vite que les méthodes classiques. Et son argument principal ne tient pas seulement à la qualité supposée de ses suggestions : ses modèles seraient aussi « conscients de la synthèse ». Autrement dit, l’idée n’est pas simplement d’imaginer sur le papier un matériau séduisant, mais de sortir des pistes qui restent compatibles avec une fabrication dans le monde réel.
Cet intérêt colle d’ailleurs à une direction plus large prise par Jeff Bezos, qui semble regarder de plus en plus du côté des usages de la tech ancrés dans le physique, plutôt que vers les assistants conversationnels. Quelques jours plus tôt, toujours d’après le Financial Times, le milliardaire présentait Prometheus, un laboratoire valorisé autour de 41 milliards de dollars, centré sur l’ingénierie et la production. Vu sous cet angle, CuspAI ressemble à un complément assez naturel : avant de fabriquer des batteries, des puces, des systèmes énergétiques ou des infrastructures de capture du carbone, il faut encore trouver les bons matériaux.
L’entreprise a été fondée en 2024 par le chimiste Chad Edwards, passé par Quantinuum, et Max Welling, ancien chercheur de tout premier plan chez Microsoft Research. Malgré son jeune âge, CuspAI peut déjà mettre en avant une équipe jugée solide. Parmi ses conseillers, on trouve Geoffrey Hinton et Yann LeCun. La start-up cite aussi plusieurs partenaires et utilisateurs de poids, dont Meta sur la capture du carbone, Hyundai dans l’énergie propre et Kemira pour l’élimination des PFAS dans l’eau.
Le marché, de son côté, brasse déjà des sommes considérables. Le Financial Times cite XtalPi, valorisée autour de 2,5 milliards de dollars, tandis que Periodic Labs a levé 200 millions de dollars en seed sur la base d’une valorisation d’un milliard.
En Europe, Altrove et Dunia Innovations occupent elles aussi une place sérieuse sur ce créneau. D’après une estimation, ce marché pourrait passer de 740 millions de dollars en 2025 à 2,77 milliards en 2030. On comprend vite pourquoi il attire autant : développer un nouveau matériau peut demander entre 10 et 20 ans, et les outils de modélisation promettent de réduire franchement ces délais, surtout dans le stockage de l’énergie, les semi-conducteurs et la capture du carbone.
Reste un point simple : le secteur n’a pas encore vraiment prouvé sa solidité à grande échelle. Les cycles de validation sont longs. Les données de qualité ne courent pas les rues. Dans certains cas, les résultats obtenus en théorie tiennent mal une fois arrivés au laboratoire, et l’automatisation expérimentale coûte cher. Il y a aussi une autre question, très terre à terre : pour une entreprise d’environ 65 personnes, toujours selon le Financial Times, une valorisation de 2,6 milliards de dollars place déjà la barre très haut.
Source : Financial Times