Aux États-Unis, les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation sont de plus en plus mis à contribution par les forces de l’ordre pour retracer les déplacements d’un véhicule. Et, d’après un rapport récent de l’American Civil Liberties Union (ACLU), ils servent aussi à repérer des habitudes inhabituelles, qui peuvent ensuite déboucher sur un contrôle routier, même quand le conducteur n’est lié à aucun crime précis.
En pratique, ces caméras, installées au bord des routes ou sur des véhicules de police, enregistrent les plaques, l’heure et le lieu. Une fois rassemblées, ces données permettent aux enquêteurs de voir où une voiture est passée, à quelle fréquence elle revient à certains endroits, et si son trajet ressemble à des schémas considérés comme à risque, explique le rapport de l’ACLU.
Pour l’ACLU, c’est là que ça se complique : on passe d’une suspicion appuyée sur des faits à une suspicion fondée sur des habitudes de déplacement. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’identifier un véhicule recherché, mais d’interpréter le comportement d’un conducteur à partir de traces incomplètes.
Le rapport cite notamment le cas de Grace Knowles, une habitante de Virginie, qui affirme avoir été arrêtée en septembre 2025 alors qu’elle roulait du nord de la Virginie vers la Floride. L’agent aurait invoqué le fait qu’elle circulait sur la voie de gauche, mais se serait surtout attardé sur son historique de déplacement.
D’après le récit de Grace Knowles rapporté par l’ACLU, l’agent lui a expliqué que sa plaque avait été signalée pour des trajets suspects. Il lui aurait aussi montré une carte répertoriant différents repérages du véhicule, avec à l’appui des photos de la plaque. Le cas montre comment un simple long trajet peut finir requalifié en motif d’attention policière.
Ce qui frappe, c’est que, d’après le rapport de l’ACLU, ces systèmes ne voient pourtant que ce que les caméras captent. Ils n’enregistrent ni chaque rue empruntée ni chaque arrêt effectué.
Dans le cas de Grace Knowles, l’agent aurait ainsi mis en doute un passage à La Nouvelle-Orléans parce que le véhicule n’apparaissait pas dans le système à cet endroit. Pour l’ACLU, c’est un bon exemple de la façon dont une absence de données peut être prise, à tort, pour une incohérence.
Les défenseurs de la vie privée rappellent aussi qu’en pratique, il est impossible d’échapper à cette collecte. Les plaques sont photographiées sans consentement, alors que les règles de conservation et de partage des données varient fortement d’une juridiction à l’autre. À leurs yeux, ces pratiques peuvent révéler des éléments sensibles de la vie personnelle et poser de vraies questions au regard du quatrième amendement américain.
Les partisans de ces outils, eux, mettent en avant des usages plus largement acceptés : détection de véhicules à contresens, voitures en panne, excès de vitesse, franchissements de feu rouge ou zones à fort risque d’accident. Certaines études suggèrent même une baisse des collisions et des blessures lorsque ces systèmes améliorent la détection des infractions et la fluidité du trafic.
Les critiques, de leur côté, redoutent des contrôles prétextes, où une petite infraction sert surtout à arrêter un conducteur déjà signalé par un logiciel. Ils mettent aussi en garde contre le risque de biais si les modèles reposent sur des données déséquilibrées, avec, au bout du compte, une surveillance disproportionnée de certaines communautés.
Pendant ce temps, le marché des outils de police prédictive continue de grossir, signe d’une dépendance institutionnelle qui se renforce. En face, la contestation monte aussi : certaines agences, dont la police de Los Angeles, ont suspendu ou mis fin à des contrats avec des fournisseurs sous la pression des inquiétudes liées à la vie privée. De quoi inviter à la prudence.
Author: Manuel Bosque
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