Sur les plateformes de streaming, Everybody Loves Raymond et The Golden Girls font encore partie des sitcoms les plus regardées. Ce n’est pas un simple sursaut de nostalgie. Ces comédies classiques continuent de tenir, année après année. L’exemple le plus parlant reste Everybody Loves Raymond: 30th Anniversary Reunion. Le programme a attiré 6,32 millions de téléspectateurs, ce qui en a fait le spécial de divertissement de prime time le plus regardé de sa saison. Et la série, de son côté, revient régulièrement parmi les titres les plus vus sur Paramount+ aux États-Unis.
Les plateformes courent sans arrêt après la nouveauté, mais ces chiffres racontent autre chose. Le public revient vers ces séries, les relance, les revoit. La demande, elle, ne bouge pas.
The Golden Girls dit la même chose. Après la mort de Betty White, les 180 épisodes ont totalisé 384 millions de minutes de visionnage sur Hulu en une semaine, selon Nielsen. C’était assez pour faire entrer la série dans le Top 10 Nielsen des séries acquises les plus regardées en streaming.
Au fond, ces résultats renvoient moins à l’attachement sentimental de quelques fans de la première heure qu’à quelque chose de très concret pour les plateformes: ces comédies remplissent des heures de visionnage, aident à garder les abonnés et donnent du poids aux catalogues avec des titres que les gens identifient tout de suite.
Si elles tiennent aussi bien, c’est parce qu’elles reposent sur des ressorts simples, mais d’une efficacité redoutable: des personnages marqués, des relations familiales ou amicales qu’on comprend immédiatement, des situations de tous les jours. Là où certaines comédies plus récentes dépendent beaucoup de références très datées ou de tendances internet, leur humour reste lisible longtemps après leur première diffusion.
Everybody Loves Raymond fonctionne exactement sur ce terrain-là, avec ses tensions de couple, ses repas de famille, ses conflits avec les parents. Rien de spectaculaire, justement. C’est ce qui fait que ça marche. Même logique pour The Golden Girls, dont la force tient autant à la qualité des répliques qu’à la complicité entre ses héroïnes.
Depuis plusieurs années, les psychologues et les spécialistes des médias parlent du “comfort viewing”, ces programmes familiers qu’on relance parce qu’ils rassurent et parce qu’on sait déjà comment ils avancent. Le phénomène s’est vu très clairement pendant la pandémie de COVID-19, quand beaucoup de spectateurs se sont tournés vers des séries qu’ils connaissaient déjà pour retrouver un peu de stabilité.
Réduire le succès des sitcoms classiques à la seule nostalgie serait pourtant trop court. Les baby-boomers restent très attachés aux séries de leur époque, bien sûr, mais la demande vient aussi de la génération X, des millennials et d’une partie du jeune public. Des titres des années 1990 comme Le Prince de Bel-Air continuent, eux aussi, de circuler d’une génération à l’autre.
Cette popularité qui dure explique aussi la multiplication des réunions anniversaires, des émissions spéciales et des projets de relance. Pour les chaînes et les services de streaming, ces marques restent des propriétés intellectuelles précieuses, capables de faire revenir les anciens fans tout en attirant de nouveaux curieux.
Il faut quand même garder une part de prudence. Le débat reste encore très centré sur les grandes sitcoms américaines, les comédies classiques non américaines sont moins souvent mises en avant, et l’analyse de la manière dont différents groupes raciaux ou ethniques regardent ces anciens programmes reste incomplète. Même avec cet angle mort, une chose ressort déjà: dans la guerre du streaming, les vieilles sitcoms sont loin d’avoir dit leur dernier mot.