Le producteur et entrepreneur Jeffrey Katzenberg vient de lancer un appel très clair à Hollywood: adopter l’intelligence artificielle. Il l’a fait dans un essai de 2 394 mots publié sur le réseau social X. À ses yeux, l’industrie du divertissement n’a plus le luxe de faire comme si cette technologie pouvait être ignorée, sous peine de finir comme Kodak ou Blockbuster, deux entreprises restées au bord de la route au moment d’un grand virage technologique.
Son texte a vite circulé dans les milieux technophiles, au point d’être repartagé sur X par Elon Musk. Mais il remet aussi en mouvement une inquiétude déjà bien installée chez une partie des créatifs, qui voient depuis des mois se rapprocher la menace sur certains métiers, dans la figuration, la postproduction ou encore une partie de la fabrication d’images.
Dans cet essai publié sur X, Jeffrey Katzenberg répète que la technologie « ne disparaîtra pas » et que la vraie question n’est plus de savoir si elle a sa place dans les studios, mais de quelle manière elle va y entrer. Pour défendre cette idée, il s’appuie sur l’histoire du secteur: l’arrivée de la musique enregistrée, puis celle du son synchronisé au cinéma, avaient elles aussi provoqué de fortes résistances avant de s’installer pour de bon.
Pour Katzenberg, le scénario est connu. Les outils changent la façon de produire, mais ils n’arrêtent pas l’élan technologique.
L’argument économique occupe une place centrale dans son raisonnement. Il avait déjà avancé que ces outils pourraient faire baisser jusqu’à 90 % le temps et le coût nécessaires à la production d’une animation de haute qualité au cours des trois prochaines années.
Dans son essai, il pousse l’idée encore plus loin: avec des budgets allégés, les studios pourraient financer davantage de films et s’autoriser plus de risques créatifs. Ce pari s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement déjà bien réel, avec un marché mondial de l’intelligence artificielle appliquée aux médias et au divertissement évalué à 10,87 milliards en 2021. Les usages vont du montage vidéo à l’écriture de scripts, sans oublier la mastérisation audio.
Le producteur prend quand même soin de tracer une ligne. Selon lui, les systèmes d’intelligence artificielle sont très performants dès qu’il s’agit de raisonner ou de repérer des motifs, mais la vraie créativité reste, elle, profondément humaine. En clair, il ne décrit pas cette technologie comme un remplaçant pur et simple des auteurs, des réalisateurs ou des artistes. Il y voit plutôt un accélérateur , capable d’alléger certaines tâches et de modifier en profondeur l’économie de la production.
Reste qu’il y a de quoi garder ses distances. Cette prise de parole intervient alors que Jeffrey Katzenberg traîne toujours derrière lui l’ombre de Quibi, sa plateforme lancée avec énormément de bruit puis fermée au bout d’environ six mois en 2020, malgré 1,75 milliard levés et une impressionnante liste de grands noms d’Hollywood.
Katzenberg avait ensuite reconnu que l’échec de Quibi ne pouvait pas s’expliquer uniquement par la pandémie. Aujourd’hui, il dirige aussi WndrCo, qui a récemment investi dans Reactor, une startup spécialisée dans la vidéo générative en temps réel. Il aurait aussi évoqué le lancement d’une nouvelle aventure autour de la vidéo assistée par ces technologies.
De quoi alimenter le scepticisme de ses détracteurs, entre pression accrue sur l’emploi, banalisation des contenus et remise en cause de la valeur du travail humain. Une chose, en revanche, ne fait guère de doute: le débat ne fait que commencer.
Author: Manuel Bosque
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