Jupiter, premier film d’Alexandre Smia, sera dévoilé en avant-première mondiale, hors compétition, à la Mostra de Venise, comme l’indique la sélection officielle du festival. Le point de départ a de quoi tendre immédiatement l’atmosphère: un président français tout juste élu se retrouve face à une crise qui peut, très vite, tourner à la guerre nucléaire avec la Russie.
Sur le papier, on pourrait croire à un thriller catastrophe assez classique. Smia, lui, vise autre chose: une plongée plus nerveuse, plus réaliste, plus mentale aussi, autour de la solitude du pouvoir et de ces décisions prises dans l’urgence qui peuvent faire basculer le cours des choses. Le timing, au passage, sert plutôt bien le film. Jupiter a commencé à s’écrire alors que Joe Biden était encore à la Maison-Blanche. Un an et demi plus tard, il arrive dans un climat international encore plus instable.
Le titre n’a d’ailleurs rien de symbolique ou de vague. Jupiter renvoie très concrètement au Poste de commandement Jupiter, le bunker nucléaire souterrain installé sous le palais de l’Élysée, à Paris. C’est là que se joue l’essentiel de l’intrigue.
Ce qui frappe, c’est que ce thriller politique semble compter moins sur de grandes scènes de destruction que sur la froideur des chaînes de commandement et sur l’enfermement psychique qu’elles produisent. L’enjeu ne se limite donc pas au militaire. Il touche aussi aux institutions, à la technologie, et à quelque chose de très humain.
Et aujourd’hui, cette résonance paraît plus forte encore. Entre la guerre en Ukraine, le retour plus régulier de la rhétorique nucléaire dans le débat public, et la crainte d’un événement imprévu capable de déclencher une escalade brutale, l’idée d’un « cygne noir » diplomatique ou militaire ressemble beaucoup moins à un simple ressort de fiction pour le public de 2026.
S’ajoute à cela un contexte stratégique particulièrement tendu: avec l’expiration du traité New START en février 2026, les États-Unis et la Russie se sont retrouvés sans leur dernier grand cadre bilatéral de limitation des arsenaux nucléaires. Dans le même temps, les estimations publiées en début d’année par la Federation of American Scientists recensaient plus de 12 500 ogives nucléaires réparties entre neuf puissances dotées.
D’après l’équipe du film, Jupiter s’est appuyé sur un gros travail de recherche, mené autour des protocoles de décision nucléaire, de la chaîne de commandement et de la pression propre aux cellules de crise. Pour un film qui cherche à convaincre autrement que par le seul spectaculaire, ce point-là compte énormément.
Cette recherche d’authenticité pourrait bien faire de Jupiter l’un des films européens dont on parlera le plus à la rentrée des festivals. Reste une question: le public y verra-t-il d’abord un grand thriller politique, ou le reflet glaçant d’un monde devenu plus fragile encore qu’au moment où le film a été écrit ?