Netflix a mis fin à sa série de super-héros Jupiter’s Legacy en juin 2021, soit à peine un mois après sa mise en ligne en mai de la même année, comme la plateforme l’avait annoncé à l’époque. Pourtant, Netflix croyait tenir là sa grande franchise de super-héros maison, d’autant que Jupiter’s Legacy avait signé un très bon démarrage aux États-Unis.
En 8 épisodes seulement, Jupiter’s Legacy adaptait le comics de Mark Millar dans un registre bien plus sombre, plus amer aussi, que les récits de super-héros les plus classiques. Sur le papier, la série cochait beaucoup de cases pour séduire le public de The Boys ou d’Invincible. Mais une fois passée la curiosité du lancement, la machine ne suivait plus.
Pourquoi Jupiter’s Legacy a échoué sur Netflix
Jupiter’s Legacy mettait en scène le choc entre deux générations de super-héros. D’un côté, des figures presque mythiques, accrochées à un code moral inflexible. De l’autre, leurs héritiers, bien moins convaincus que le monde actuel puisse encore entrer dans des principes aussi rigides. Cette vision désabusée du mythe super-héroïque plaçait clairement la série dans la lignée des grandes déconstructions du genre.
L’accueil critique, lui, a vite calmé l’enthousiasme. Sur Rotten Tomatoes, Jupiter’s Legacy oscillait entre 38 % et 40 % d’avis positifs, d’après l’agrégateur Rotten Tomatoes.
Certaines scènes d’action et plusieurs affrontements spectaculaires ont bien été appréciés. Le reste a beaucoup plus divisé. De nombreux critiques ont reproché à la série son rythme trop lent, une intrigue trop chargée, une tonalité particulièrement pesante et des effets visuels jugés inégaux pour une production de cette taille. Et cette taille, justement, coûtait très cher : selon plusieurs estimations, Jupiter’s Legacy aurait englouti jusqu’à 200 millions de dollars. À ce niveau-là, Netflix n’avait pas besoin d’un simple bon départ. Il lui fallait une série capable de tenir dans le temps et de s’imposer comme une vraie marque.
Un projet crucial pour l’univers Millarworld de Netflix
L’enjeu dépassait largement le sort d’une seule série. Jupiter’s Legacy représentait la première adaptation d’envergure née du rachat de Millarworld par Netflix en 2017, une opération alors estimée entre 30 et 50 millions de dollars selon les évaluations de l’époque.
Et Mark Millar, ce n’est pas un nom secondaire dans le milieu. Le scénariste est lié à des titres majeurs comme Civil War, Old Man Logan, Kick-Ass ou encore Kingsman.
Sur le site de Millarworld, le comics Jupiter’s Legacy, lancé en 2013, était présenté comme un mélange d’influences allant de Star Wars à la mythologie romaine, avec au passage King Kong et les super-héros de l’âge d’or. Netflix avait donc entre les mains une propriété identifiable, déjà installée, et qui pouvait en théorie s’étendre sur plusieurs projets.
Un carton au lancement, puis une chute rapide
Pour autant, Jupiter’s Legacy n’avait pas manqué son arrivée. D’après les chiffres de visionnage de sa première semaine, la série s’était imposée comme le programme le plus regardé en streaming aux États-Unis, avec 696 millions de minutes vues.
Sauf que ce pic de départ n’a pas suffi. Son annulation, environ un mois après sa sortie, laisse penser que la série n’a pas retenu assez de monde sur la durée pour justifier un investissement pareil.
D’après plusieurs observateurs, ce résultat s’explique aussi en partie par une production compliquée, marquée notamment par un changement de showrunner en cours de route sur fond de divergences créatives.
Après l’annulation, Netflix a redirigé ses plans vers Supercrooks, centré sur des super-vilains. Une version animée a été lancée en novembre 2021, mais au début de 2024, Netflix n’avait toujours annoncé aucune avancée majeure sur la série live action prévue. Au fond, Jupiter’s Legacy reste surtout le symbole d’une ambition immense qui n’a jamais réussi à devenir une vraie franchise.
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