Au moment où nous écrivons ces lignes, la Chine serait en train de freiner les introductions en Bourse des entreprises positionnées sur les robots humanoïdes. D’après Reuters, le régulateur des marchés cherche à calmer les ardeurs avant toute cotation, tant que ces sociétés ne sont pas capables de montrer des revenus récurrents, une trajectoire crédible de réduction des pertes, ou une vraie différence sur le plan technologique.
Toujours selon Reuters, la China Securities Regulatory Commission (CSRC) s’appuierait pour cela sur une consigne officieuse destinée à refroidir les velléités de cotation des acteurs du secteur, tant qu’ils ne peuvent pas prouver ces mêmes éléments: des revenus réguliers, un chemin crédible vers moins de pertes, ou une différenciation technologique nette.
Aucune règle formelle, aucune prise de parole publique de la CSRC n’est venue officialiser ce durcissement. Mais si l’on en croit Reuters, le message adressé au marché paraît assez limpide depuis les débuts agités de Unitree Robotics à la Bourse de Shanghai. Nous continuerons à suivre le dossier.
Le cas Unitree Robotics a, visiblement, fait l’effet d’un électrochoc. Introduite sur le marché STAR de la Bourse de Shanghai le 19 août, l’entreprise a levé 6,1 milliards de yuans sur la base d’une valorisation initiale proche de 9 milliards de dollars, rapporte Reuters.
La suite a été spectaculaire. Toujours d’après Reuters, l’action Unitree Robotics a grimpé jusqu’à 460 % en séance, portant brièvement la capitalisation autour de 445 milliards de yuans, avec un ratio cours/bénéfice supérieur à 1 300. Puis l’euphorie est retombée. En quelques semaines, le titre a perdu environ 55 % par rapport à son sommet, ce qui a relancé les craintes d’une bulle sur un secteur encore très jeune.
Reuters indique qu’au moins six entreprises chinoises de robotique humanoïde qui préparaient leur entrée en Bourse devraient maintenant patienter.
Parmi les noms qui circulent dans le secteur, on retrouve notamment Deep Robotics, X Square Robot et AGIBOT. Dans le même temps, toujours selon Reuters, les valorisations sur le marché privé auraient été revues en baisse, avec des reculs de l’ordre de 30 % à 50 %.
Le vrai sujet n’est pas uniquement la nervosité des marchés. Il tient aussi à la nature même du chiffre d’affaires.
Fait assez frappant, les documents d’instruction liés à l’introduction en Bourse montrent que, sur les neuf premiers mois de 2025, seulement environ 9 % des revenus de Unitree Robotics venaient de ventes industrielles. À l’inverse, 73,6 % provenaient de clients issus de la recherche et de l’éducation. De quoi nourrir les doutes sur l’existence, à grande échelle, d’une demande commerciale réellement durable.
Certaines voix du secteur vont même plus loin. Shao Tianlan, le patron de Mech-Mind, a estimé qu’une partie des revenus des humanoïdes venait de “centres de collecte de données, d’opérations avec des parties liées et d’autres montages non durables“.
Reuters avance que si l’on retire ce type de revenus, certaines valorisations pourraient tomber de 60 % à 70 %, même si cette estimation n’a pas, pour l’instant, été largement corroborée. Prudence, donc.
Cela dit, cette retenue sur les IPO ne veut pas dire que la Chine se retire du jeu. Reuters rappelle au contraire que le pays reste, de très loin, le principal moteur mondial du secteur: il aurait compté pour plus de 90 % des livraisons mondiales de robots humanoïdes au premier semestre 2026 et attiré environ 4,4 milliards de dollars d’investissements entre 2017 et le premier semestre 2026.
Les financements privés, eux, continuent d’arriver. LimX a levé 200 millions de dollars en juillet lors d’un tour pré-IPO, tandis que la branche robotique de XPENG a obtenu plus de 900 millions de dollars en août, avant même le lancement de sa production, selon Reuters.
Et Pékin cherche aussi à serrer un peu plus le cadre autour de l’industrie. D’après Reuters, le ministère chinois de l’Industrie a lancé un système d’identifiants numériques uniques pour suivre les humanoïdes sur l’ensemble de leur cycle de vie. Il a aussi publié, en août 2026, un projet de cadre national de normalisation visant au moins 100 standards clés d’ici 2028.
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