À l’heure où l’on écrit ces lignes, la série HBO Lanterns semble enfin s’attaquer à un défaut qui revient souvent dans les adaptations de super-héros portées par des hommes: les femmes y occupent trop peu de place, ou une place trop étroite. Depuis son lancement, la série est saluée pour son ambiance de polar et pour son duo central, Hal Jordan et John Stewart. Mais elle ne se contente pas de placer quelques personnages féminins autour d’eux pour habiller le décor. Elle leur donne une vraie fonction dans le récit, avec des motivations à elles, des zones d’ombre, et un impact concret sur ce qui se joue.
Poorna Jagannathan a d’ailleurs mis le doigt sur le problème, dans des propos relayés par HBO, en parlant d’un déséquilibre presque “binaire”: les histoires de femmes trouvent leur place dans les œuvres centrées sur des super-héroïnes, beaucoup moins dans celles construites autour de figures masculines.
Dans ce genre de récit, les personnages féminins sont encore trop souvent réduits à trois options bien connues: l’intérêt amoureux, le soutien affectif, ou le simple rouage narratif qu’on active quand l’intrigue en a besoin.
Et c’est là que Lanterns surprend un peu, parce que son point de départ reste très classique. La série suit d’abord Hal Jordan et John Stewart, envoyés enquêter sur des événements mystérieux à Rushville, dans le Nebraska.
Sur le papier, il y avait donc de quoi redouter une fiction de plus où les femmes tournent autour de l’action sans jamais vraiment la faire bouger. Pour l’instant, la série contourne ce piège. Zoe Macon et Bernadette Stewart ne sont pas écrites comme de simples silhouettes utiles ou décoratives. Elles existent en dehors des héros, et leurs propres enjeux pèsent réellement sur l’enquête.
L’exemple le plus parlant arrive dans l’épisode 4, avec une révélation majeure autour de Zoe Macon. Présentée au départ comme un personnage possiblement secondaire, elle finit par se révéler être une Manhunter.
Et sa place dans la série change aussitôt. Zoe Macon n’est plus seulement là pour accompagner les protagonistes masculins ou leur servir de miroir, elle devient l’une des pièces maîtresses du mystère. Ce choix dit aussi quelque chose de l’écriture: la série ne demande pas au public de s’intéresser à ses personnages féminins uniquement parce qu’ils sont liés aux héros. Elle leur accorde un poids propre.
La question dépasse largement le cas de Lanterns. Des travaux universitaires et plusieurs études consacrées à la représentation dans les médias de super-héros reviennent souvent au même constat: les personnages féminins sont moins nombreux, et les rôles qu’on leur réserve restent plus étroits, qu’il s’agisse des amoureuses, des victimes à sauver, des figures émotionnelles, ou de personnages montrés comme moins compétents que leurs équivalents masculins.
Chez DC aussi, les exemples récents ne manquent pas. Wonder Woman brillait dans son film solo, puis paraissait beaucoup moins marquante dans Justice League. Et plus largement, dans l’ancien DCEU, rares étaient les personnages féminins qui bénéficiaient d’une vraie importance narrative sur la durée, à l’exception assez évidente de Harley Quinn.
Les premiers retours critiques sur Lanterns vont d’ailleurs dans le bon sens. Beaucoup saluent une approche plus calme, plus mystérieuse, plus attentive aux personnages que bien des productions super-héroïques récentes. Forcément, ça aide aussi quand il s’agit d’écrire correctement les figures secondaires, y compris les personnages féminins.
Reste à voir si la série tiendra cette ligne jusqu’au bout de la saison. Pour l’instant, rien ne permet encore de l’affirmer, et mieux vaut garder un peu de réserve. Mais Lanterns envoie déjà un signal plutôt encourageant: si HBO garde le cap, la série pourrait offrir bien plus qu’un bon polar estampillé DC. Elle pourrait aussi devenir un exemple plus juste pour un genre qui, trop souvent, a laissé ses personnages féminins sur le banc de touche. On continuera à suivre ça.