Un panel monté par TapNow au Venice Production Bridge, en marge de la Mostra de Venise, a acté un changement assez net: l’intelligence artificielle appliquée au cinéma n’est plus abordée comme une curiosité de laboratoire. À Venise, on en a parlé comme d’un sujet industriel à part entière, avec la production, la diffusion et la formation au centre des discussions.
Autour de la table, des représentants d’Alibaba Token Hub, de Sonilo, de PROMPTR, ainsi que l’enseignant Barry Dignam, sont arrivés au fond à la même conclusion. Ces outils ne servent plus seulement à faire des essais ou à voir “ce que ça donne”. Ils commencent à entrer dans de vrais flux de travail, du concept visuel jusqu’à la musique et aux effets numériques.
Le message qui ressort de Venise tient en peu de mots: le secteur est en train de prendre forme. TapNow en a profité pour présenter son “Creator Growth Plan”, un programme à plusieurs niveaux pensé pour les cinéastes, avec plus de visibilité via Tap TV et un accès à des ressources techniques, notamment de la puissance de calcul mise à disposition en libre accès.
Dans un milieu où l’entrée coûte cher, cette logique d’accompagnement parle forcément aux indépendants et aux petites sociétés de production. Ceux qui défendent ces technologies y voient une façon de faire baisser les barrières d’accès à une image haut de gamme.
La série générée “Primodia” a servi de cas pratique. D’après les intervenants, les outils de TapNow ont permis de produire du concept art et de la vidéo à partir d’instructions formulées en langage naturel, pendant que Sonilo montrait des outils audio capables de ramener la composition musicale d’environ 10 heures à 20 secondes.
Plus surprenant, certains studios parlent déjà de gains d’efficacité de 80 à 90 % dans des domaines comme les effets visuels. Mieux vaut garder une certaine réserve face à ce type de chiffres. Mais le simple fait qu’ils circulent, et qu’ils soient avancés par des studios, montre bien pourquoi le sujet intéresse maintenant les producteurs bien au-delà des démonstrations de salon.
L’ensemble bouge vite. Alibaba Cloud met en avant ses modèles open source Wan2.2, conçus pour générer des vidéos de personnages d’une qualité cinéma à partir d’images et d’audio. Du côté de Sonilo, on explique que l’accès à son modèle de conversion vidéo-musique s’élargit via des plateformes comme fal.ai. Et chez PROMPTR, le travail a déjà commencé sur des films, des publicités et des formats hybrides guidés par ces outils.
Pour Barry Dignam, qui intervient au sein de FilmEU, la conséquence est immédiate pour les écoles de cinéma: enseigner un logiciel précis a de moins en moins d’intérêt si les interfaces changent tous les deux ou trois mois. Il défend plutôt un retour aux bases, avec la pensée critique, la narration, la composition et le montage. En clair, savoir raconter une histoire et construire un regard resterait plus durable que la maîtrise d’un outil en particulier.
Cette montée en charge ne se limite plus à quelques formats courts devenus viraux. Danny Boyle a récemment utilisé de la génération d’images pendant environ 30 secondes dans “Ink” pour animer de vieilles photographies, et “Dreams of Violets”, présenté comme un film généré en prises de vues réelles, a été montré à Tribeca.
Le secteur, cela dit, reste profondément coupé en deux: les partisans parlent de démocratisation créative; les critiques, eux, alertent sur la désinformation, les questions éthiques et le remplacement possible de certains métiers ou interprètes. Le mouvement a déjà pris une dimension mondiale, avec des festivals spécialisés au Japon et en Amérique latine, alors même que la couverture médiatique demeure inégale, surtout lorsqu’il s’agit de Bollywood, de Nollywood ou des futurs standards éthiques pour le documentaire et l’information. À Venise, en tout cas, une chose ne fait plus débat: le sujet n’a plus rien de théorique.