À la tête de Meta, Mark Zuckerberg s’oppose à l’idée de bloquer les modèles chinois aux États-Unis, au moment où Washington envisage de durcir le ton face à plusieurs groupes chinois. D’après Meta, empêcher l’accès à des modèles avancés venus de Chine ne serait « pas une solution efficace » pour prendre l’avantage sur Pékin. Mieux vaut, selon lui, repérer les vrais points de blocage du côté américain et les corriger, plutôt que parier sur l’interdiction.
Cette sortie arrive alors que Washington réfléchit justement à une ligne plus dure contre plusieurs acteurs chinois. Toujours d’après Meta, l’administration Trump aurait envisagé des sanctions, et même des restrictions passant par une inscription sur l’Entity List américaine, sur fond d’accusations de distillation de modèles et de vol de propriété intellectuelle.
Zuckerberg défend l’approche inverse: plus d’ouverture, un accès plus large aux modèles, pas un pouvoir concentré entre quelques géants privés ou des laboratoires proches du gouvernement. C’est aussi dans la continuité de la stratégie de Meta, longtemps liée à Llama, sa famille de modèles ouverts.
Chez Meta, on décrit désormais le secteur américain comme coupé en deux. D’un côté, Meta, Microsoft, Nvidia et Elon Musk plaident dans l’ensemble pour les modèles ouverts, qu’ils jugent plus favorables à l’innovation, à la concurrence et à une diffusion rapide des outils.
En face, toujours selon Meta, OpenAI et Anthropic réclament davantage de garde-fous autour des systèmes les plus puissants, en mettant en avant des risques de sécurité et de souveraineté. La ligne de fracture se voit de plus en plus à mesure que les acteurs chinois avancent. Meta s’appuie sur plusieurs estimations qui les situent désormais à seulement 3 à 6 mois des leaders américains, et l’arrivée de modèles ouverts moins chers, comme Kimi K3 de Moonshot AI, accentue encore la pression sur les responsables américains.
Ceux qui défendent l’ouverture redoutent un effet boomerang pour Washington. Une interdiction priverait d’abord les startups, les développeurs et les entreprises d’outils performants à bas coût.
Elle pourrait aussi renforcer la domination de quelques laboratoires américains déjà en position de force. Autre inquiétude, en fermant le marché américain, les États-Unis risqueraient d’inciter certains pays à se tourner plus vite vers les technologies, les standards et les écosystèmes chinois.
À long terme, la bataille ne se joue pas uniquement sur la performance des modèles. Elle se joue aussi sur les plateformes, les infrastructures et les usages à l’échelle mondiale.
Les États-Unis conservent malgré tout un avantage de taille sur le matériel, surtout grâce à Nvidia, et les investissements privés du secteur auraient frôlé les 300 milliards en 2025, d’après Meta. En face, la Chine préparerait, là encore selon Meta, un plan de 295 milliards sur cinq ans pour muscler ses infrastructures et ses centres de données, malgré les restrictions américaines sur les puces.
Le plus frappant, c’est que le discours d’ouverture de Meta est lui-même accusé de contradiction. L’entreprise a certes construit une partie de sa réputation récente sur Llama, mais son nouveau modèle phare, Muse Spark de Meta, a été lancé avec un code source fermé. De quoi nourrir les critiques au moment même où Mark Zuckerberg cherche à s’installer en défenseur d’un écosystème plus ouvert.