À l’heure où nous écrivons ces lignes, des captures d’écran et des extraits vidéo mis en ligne par des joueurs laissent penser que certaines versions de Marvel’s Wolverine commercialisées au Moyen-Orient auraient été retouchées pour atténuer la relation entre Mystique et son épouse Tyger. Pour l’instant, ni Sony Interactive Entertainment ni Insomniac Games n’ont confirmé publiquement l’existence de ces changements, pas plus qu’ils n’ont indiqué avec précision dans quels pays ils s’appliqueraient.
Autrement dit, on ne dispose d’aucune confirmation officielle sur l’ampleur réelle de ces modifications.
Ça n’empêche pas les images et séquences partagées par les joueurs d’alimenter, une fois de plus, le débat sur les versions régionales des jeux vidéo.
D’après plusieurs publications de joueurs, les changements concerneraient avant tout les références les plus explicites au mariage entre Mystique et Tyger.
Dans les comparaisons qui circulent en ligne, une photo de mariage apparaîtrait comme une image vide, ou floutée, dans la version concernée. Une lettre échangée entre les deux personnages, elle, serait entièrement masquée.
Un autre clip, largement repris sur les réseaux, montre aussi une réplique dans laquelle le mot « wife » (« épouse ») serait coupé dans l’audio, alors que les sous-titres l’afficheraient sous forme d’astérisques.
Fait plus étrange, le lien entre les personnages ne disparaîtrait pas complètement du jeu.
Les retours publiés jusqu’ici laissent entendre que l’arc narratif de Mystique serait toujours bien présent.
En revanche, les éléments les plus visibles qui confirment qu’il s’agit d’un mariage entre deux femmes auraient, eux, été retouchés de manière ciblée.
Dans la version non censurée, cette relation occuperait pourtant une place centrale dans le parcours du personnage tout au long de l’histoire.
Si ces modifications finissent par être confirmées, elles s’inscriraient dans une pratique déjà bien connue sur plusieurs marchés du Moyen-Orient, où certains contenus sont adaptés pour répondre aux règles locales de distribution.
Les références aux relations entre personnes du même sexe, mais aussi certains symboles religieux, des thèmes politiques ou d’autres éléments jugés sensibles, peuvent être coupés, redoublés, réécrits dans les sous-titres, voire retirés entièrement.
Dans plusieurs pays de la région, les autorités de régulation peuvent imposer ce type de changements avant d’autoriser la commercialisation d’un jeu.
En Arabie saoudite, par exemple, c’est la General Authority of Media Regulation qui supervise ce processus d’approbation. Aux Émirats arabes unis, des organismes nationaux encadrent eux aussi la diffusion des médias.
Et dans plusieurs États, les relations homosexuelles restent illégales ou très fortement encadrées.
Ce ne serait d’ailleurs pas une première pour un jeu lié à Sony Interactive Entertainment ou à Insomniac Games.
À sa sortie en Arabie saoudite, Marvel’s Spider-Man 2 avait déjà été signalé par des joueurs pour des modifications de ce type, avec notamment le retrait de drapeaux Pride et des changements dans une mission secondaire mettant en scène un couple gay.
On comprend donc pourquoi la comparaison revient presque automatiquement dans les réactions publiées en ligne.
Une partie des joueurs déplore qu’on supprime des contenus LGBTQ+ alors que la violence du jeu, elle, resterait intacte.
D’autres y voient un cas assez classique de compromis entre l’intégrité artistique d’une œuvre et l’accès à des marchés mondiaux soumis à une régulation stricte.
Pour l’instant, mieux vaut ne pas aller plus vite que les faits.
Tant que Sony Interactive Entertainment ou Insomniac Games n’ont pas pris la parole officiellement, l’affaire repose encore sur des témoignages de joueurs et sur des comparaisons entre différentes versions du jeu.
Elle remet pourtant déjà sur la table une question qui revient sans cesse dans l’industrie : jusqu’où un éditeur est-il prêt à modifier une œuvre pour garantir sa sortie à l’international ?
Nous continuerons à suivre le dossier.