Meta a revu en urgence cette semaine ses nouvelles conditions commerciales, après une levée de boucliers des éditeurs. Beaucoup y voyaient un feu vert très large à la collecte automatisée sur leurs sites, au service de l’amélioration des produits de Meta et des réponses automatiques du groupe.
Dès le lendemain, l’entreprise a retiré du texte initial le mot « entraîner ». Mais pour plusieurs juristes et experts, la version corrigée laisse encore passer une collecte massive, à très grande échelle.
La méfiance envers Meta ne date pas d’hier.
Entre les scandales autour de la collecte de données, Cambridge Analytica, les révélations d’anciens salariés et une image qui s’est abîmée avec le temps, rares sont ceux, dans le secteur, qui lui accordent encore le bénéfice du doute.
Beaucoup de médias ont déjà vu Meta séduire les éditeurs, mettre leurs contenus en avant, parfois les payer, puis changer brutalement de ligne. Meta bloque les actualités au Canada depuis 2023. Et le groupe avait déjà brièvement coupé les contenus d’information en Australie en 2021.
Ce passif compte, et pas qu’un peu, d’autant que Meta n’obtient qu’un score de réputation de 59,6 dans l’Axios-Harris Poll 100. Le groupe se retrouve tout en bas du classement, aux côtés de ByteDance et de X.
La première version des conditions a sonné comme une alerte rouge.
Meta s’y réservait le droit d’utiliser des outils automatisés pour « accéder », « indexer », « mettre en cache », « analyser », « collecter », « récupérer » ou « explorer » les sites liés à un compte Meta Business, avant d’utiliser ces contenus pour « fournir, développer, améliorer, rechercher, entraîner » ses produits.
Pour les éditeurs, une telle formulation ouvrait grand la porte à des revendications très larges sur les contenus publiés, y compris pour alimenter des modèles ou générer des réponses automatiques s’appuyant sur des articles de presse.
Meta affirme désormais que ces dispositions visaient ses produits publicitaires et commerciaux, et non les sites d’information.
Mieux vaut rester prudent.
La contestation ne s’est d’ailleurs pas arrêtée aux critiques publiques.
Des organisations d’éditeurs en Europe et au Royaume-Uni ont saisi les régulateurs. Certains parlent d’une « tentative d’accaparement éhontée », d’autres d’une « intimidation arrogante d’une plateforme tech ».
Meta a fini par repousser l’entrée en vigueur de ses nouvelles règles, du 30 octobre au 20 novembre 2026. Pour l’industrie, c’est une pause, pas une réponse de fond.
Plus curieux encore, ce bras de fer arrive au moment même où le marché de l’extraction automatisée explose : 1,56 milliard de dollars en 2026, 4,03 milliards attendus en 2032, environ 70 % des grands modèles qui reposent sur des données aspirées sur le Web, et des bots déjà responsables de 57,4 % des requêtes HTML mondiales en juin 2026.
Le 6 octobre 2026, Meta a aussi présenté, avec Sierra, Shopify, Walmart et d’autres partenaires, le « Personal Agent Protocol », un projet de standard censé encadrer les interactions entre agents personnels via des autorisations de type OAuth, tout en mettant en avant sa propre règle de sécurité, l’« Agents Rule of Two ».
C’est ce décalage qui frappe les éditeurs : d’un côté, Meta veut fixer les règles de bonne conduite pour les agents de demain ; de l’autre, le groupe peine encore à convaincre qu’il respectera aujourd’hui les contenus produits par les autres.
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Author: Manuel Bosque
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