xAI reçoit un rare soutien de Washington contre la loi du Minnesota

Le 19 août 2026, dans le bras de fer entre xAI et l’État du Minnesota, le ministère américain de la Justice a transmis à un tribunal fédéral une « statement of interest » qui met en cause la solidité de la loi du Minnesota sur le déshabillage numérique. Ce type d’intervention reste rare. Et, à en croire ce mémoire du ministère, elle fait tout de suite sortir le dossier du cadre purement local pour en faire un affrontement à portée nationale autour des outils de « nudification » numérique.

Washington ne s’est pas formellement ajouté au procès. Le message, lui, ne laisse pas beaucoup de place au doute. D’après le mémoire du ministère américain de la Justice, la loi du Minnesota, qui vise les services capables de fabriquer des images réalistes de nudité à partir de photos montrant des personnes identifiables, pourrait avoir un champ trop large et se heurter aux garanties du premier amendement. La situation a quelque chose de particulier : le gouvernement fédéral ne prend pas officiellement la défense de xAI, mais il conteste déjà la solidité du texte.

Dans ce mémoire, le ministère explique aussi que la loi irait plus loin que les règles fédérales déjà en place et qu’elle pourrait ralentir le développement de nouvelles technologies aux États-Unis. Il met également en garde contre un empilement de règles différentes d’un État à l’autre, avec un risque double : affaiblir la compétitivité économique du pays et toucher, au passage, à ses intérêts de sécurité nationale.

Le dossier a donc déjà dépassé le seul Minnesota.

Entrée en vigueur le 1er août 2026, la loi du Minnesota est décrite dans le mémoire du ministère américain de la Justice comme la première, aux États-Unis, à viser de façon explicite les outils de « nudification ». Elle prévoit des sanctions civiles qui peuvent grimper jusqu’à 500 000 dollars par infraction contre les sites et applications capables de produire des images réalistes montrant nues des personnes identifiables.

C’est là que se concentre l’essentiel de la contestation : d’après les arguments débattus dans cette affaire, la loi ne s’attaque pas seulement à la diffusion de faux contenus pornographiques non consentis, elle vise aussi les outils eux-mêmes.

xAI a saisi la justice fédérale à la fin du mois de juillet 2026, comme le rappelle le mémoire du ministère américain de la Justice. L’entreprise soutient que la loi viole le premier amendement, à la fois parce qu’elle limite une forme d’expression protégée et parce que sa rédaction est trop large.

Parmi les arguments avancés par xAI, il y en a un qui revient souvent : le texte n’impose pas de prouver une intention de harceler, ni même l’absence de consentement. Si l’on suit cette lecture défendue par l’entreprise, des usages consensuels, satiriques ou artistiques pourraient eux aussi tomber sous le coup de la loi.

Le ministère de la Justice reprend une partie de cette critique dans son mémoire. Il compare la loi du Minnesota à des mesures fédérales plus resserrées, comme le TAKE IT DOWN Act, qui se concentre sur la diffusion non consentie d’images intimes.

Selon le ministère américain de la Justice, la loi de l’État pourrait au contraire faire peser une forme de responsabilité presque automatique, y compris dans des situations où le préjudice n’apparaît pas clairement. Sur ce point, mieux vaut rester prudent.

Un juge fédéral a entendu le 19 août 2026 les arguments liés à la demande d’injonction préliminaire déposée par xAI, toujours selon le mémoire du ministère américain de la Justice. Il avait auparavant rejeté une ordonnance d’urgence, en estimant que l’entreprise avait attendu trop longtemps avant d’agir.

La suite sera scrutée de près. Bien au-delà du Minnesota, ce dossier pourrait aider à fixer la limite : jusqu’où les autorités américaines peuvent-elles aller pour encadrer les contenus explicites générés numériquement, et surtout peuvent-elles s’en prendre aux outils avant même de viser leur usage ou leur diffusion ?

Author: Gerard Patrick Cadiang

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