Pour Greenpeace, Apple Intelligence, l’ensemble de services d’IA d’Apple, met désormais les ambitions climatiques de l’entreprise sous vraie pression. L’ONG voit dans cette nouvelle vague de services liés à l’IA le test le plus sérieux des promesses environnementales d’Apple. En cause, une demande d’électricité appelée à grimper fortement, au point de rogner une partie des progrès déjà obtenus et de rendre plus difficile l’objectif de neutralité carbone fixé pour 2030.
Sur le papier, Apple a pourtant des chiffres à faire valoir.
L’entreprise dit avoir réduit ses émissions mondiales de gaz à effet de serre de plus de 60 % depuis 2015. Un point intrigue tout de même : d’après les données qu’Apple a publiées, ses émissions sont restées stables en 2025 par rapport à 2024, alors même que l’activité a continué de croître. Ce signal compte, parce qu’il laisse penser que les prochaines baisses seront nettement plus compliquées à aller chercher.
Apple face au coût climatique d’Apple Intelligence
C’est dans les centres de données que la question se joue.
Apple précise que ses centres de données ont consommé 2,344 milliards de kWh d’électricité en 2023, et rappelle qu’ils tournent avec 100 % d’électricité renouvelable depuis 2014. Le problème, c’est l’échelle. Si les usages liés aux assistants, à la génération de contenu et aux traitements dans le cloud décollent vraiment, la consommation totale peut suivre la même trajectoire. Greenpeace cite même, pour l’ensemble du secteur, des projections où la demande d’électricité serait multipliée par 11 entre 2023 et 2030.
L’électricité n’est pas le seul sujet
L’enjeu ne se résume pas au carbone.
Ces infrastructures réclament aussi beaucoup d’eau pour le refroidissement, et dans plusieurs régions du monde, c’est déjà un point de tension, rappelle Greenpeace. Même avec une électricité davantage décarbonée, la pression sur l’environnement ne disparaît pas. Elle change de forme, parfois. Prudence, donc.
Apple essaie de freiner cette dynamique par plusieurs moyens.
Le groupe investit plus dans les énergies renouvelables, met en avant le traitement local pour réduire le nombre de requêtes envoyées au cloud, et s’appuie sur ses puces maison pour gagner en efficacité énergétique. Apple affirme aussi avoir réduit de 35 % l’énergie consommée par les ventilateurs grâce à des systèmes de refroidissement optimisés. La question reste entière : est-ce que ces gains seront assez importants pour absorber la hausse attendue des usages ?
La chaîne d’approvisionnement reste le chantier le plus difficile
Le défi ne s’arrête pas aux serveurs.
Apple indique que 30 % des matériaux utilisés dans ses produits en 2025 venaient de sources recyclées ou renouvelables. De son côté, son programme Supplier Clean Energy aurait généré plus de 38 millions de MWh d’électricité propre en 2025. Malgré ces chiffres, plusieurs analystes cités par Greenpeace estiment que les 15 à 20 % de réductions restantes seront les plus difficiles à obtenir. C’est là que les choses se corsent, avec des efforts plus exigeants à demander aux fournisseurs et des avancées encore attendues du côté des matériaux.
Autre zone sensible, le manque de détails publics sur l’empreinte réelle d’Apple Intelligence.
Apple n’a pas publié de données précises et vérifiables sur la consommation d’énergie ou le bilan carbone de ces services. Du coup, toute évaluation indépendante devient compliquée, selon Greenpeace. Les affirmations d’Apple autour de certains produits présentés comme « neutres en carbone » ont d’ailleurs déjà provoqué des critiques, ainsi qu’un examen juridique plus poussé.
Apple n’est pas seule à se débattre avec ce problème.
Google, Microsoft et d’autres grands groupes se retrouvent face à la même pression, à mesure que les centres de données et les semi-conducteurs spécialisés pèsent de plus en plus lourd dans leurs trajectoires climatiques. Chez Apple, le contraste saute peut-être encore davantage aux yeux : une entreprise qui a fait de la durabilité un argument commercial central doit maintenant montrer que sa nouvelle vague de services ne va pas abîmer, ou carrément contredire, ses propres promesses.
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