ArtCraft, le projet du développeur indépendant Brandon Thomas, a annoncé aujourd’hui sur GitHub son intention de recréer gratuitement, en open source, l’essentiel d’Adobe Creative Cloud. D’après la présentation d’ArtCraft, le projet compte déjà sept applications qui font penser à Adobe Photoshop, Adobe Illustrator, Adobe Premiere, Adobe Lightroom, Adobe After Effects, Adobe InDesign et Adobe Acrobat Pro. L’annonce a très vite fait réagir, autant parce qu’elle vise l’un des acteurs les plus verrouillés du logiciel créatif que parce que le projet reste, selon les mots mêmes de Brandon Thomas, en « super early alpha ».
Dit autrement, l’ambition est énorme, mais on semble encore très loin d’un produit prêt pour un usage professionnel au quotidien.
ArtCraft, un clone open source d’Adobe Creative Cloud ?
Sur GitHub, Brandon Thomas explique avoir recentré ArtCraft vers une suite complète d’outils créatifs libres, publiée sous licences MIT et Apache. Toujours d’après la présentation du projet, les applications sont développées en Rust, avec des versions web en WebAssembly. On peut donc les essayer sans passer par une installation lourde.
L’idée annoncée est simple: proposer des remplacements « clean-room », autrement dit reconstruits de zéro pour retrouver des fonctions et des façons de travailler proches, sans reprendre directement le code d’Adobe. Brandon Thomas précise aussi s’être appuyé sur Claude Opus 5.5 comme assistant de développement pour aller plus vite dans cette réimplémentation.
Sur le principe, le projet répond à un vrai ras-le-bol. Beaucoup d’utilisateurs reprochent à Adobe le système d’abonnement, les frais de résiliation et, plus largement, cette impression d’être coincés dans Creative Cloud. C’est exactement sur ce terrain qu’ArtCraft tente de s’installer.
Une promesse très ambitieuse, mais encore loin du niveau Adobe
C’est aussi à ce moment-là que les limites sautent aux yeux. Sur GitHub, Brandon Thomas a d’abord laissé entendre qu’une parité fonctionnelle complète pourrait être atteinte en un mois, avant de revoir sa copie et de parler plutôt de « mois, pas des années » pour arriver à un niveau proche.
Les premiers retours autour de l’annonce restent mesurés. L’interface peut évoquer les produits Adobe, mais ça ne suffit pas à faire basculer des créatifs, des monteurs ou des studios vers un autre outil. Dans ce milieu, tout se joue sur la stabilité, les performances, la compatibilité avec les fichiers et les plugins, et surtout sur ce ressenti très précis qu’on n’obtient qu’en utilisant vraiment les outils.
En bref, reproduire l’apparence, c’est une chose. Retrouver des années de réglages fins, d’habitudes de travail et de polish technique, c’en est une autre. Mieux vaut donc rester prudent.
Un modèle économique hybride pour financer l’open source
Le code d’ArtCraft est gratuit, mais Brandon Thomas ne prévoit pas de faire reposer tout le financement sur les seuls dons. Selon lui, le développement devrait s’appuyer sur un système de jetons, donnant accès à son modèle visuel maison et à son environnement de développement, tous deux intégrés dans les applications aux côtés de modèles tiers.
Cette formule permet de laisser le cœur du logiciel ouvert tout en faisant payer des services additionnels. Reste à voir si cela peut réellement faire vivre un chantier d’une telle taille.
Adobe garde une avance écrasante, et le terrain juridique reste flou
Même si l’intérêt du public est bien là, le défi reste gigantesque. Adobe conserve une avance écrasante, et cet avantage ne vient pas seulement des applications elles-mêmes, mais aussi de tout ce qui les entoure: les habitudes des professionnels, les formats de fichiers, les usages installés.
Il y a aussi la question juridique, qui reste très floue. La rétro-ingénierie de fonctionnalités peut être autorisée dans certains cas, mais la solidité de clones « clean-room » produits avec l’aide d’assistants de code n’a pratiquement jamais été mise à l’épreuve à grande échelle. Les risques peuvent concerner le design, certains brevets, ou encore cette question plus diffuse du « look and feel ».
Pour l’instant, ArtCraft ressemble donc moins à un nouveau concurrent crédible d’Adobe qu’à un signal assez net: la demande pour une alternative sérieuse existe bel et bien. Reste à savoir si le projet peut dépasser le simple effet d’annonce et devenir, un jour, un outil que les professionnels accepteront vraiment d’utiliser.