La fusion entre AT&T et Time Warner, finalisée en 2018 pour quelque 108,7 milliards de dollars, puis largement défaite avec la séparation de WarnerMedia en 2021, reste aujourd’hui un serious signal d’alerte pour toute l’industrie des médias. Après sa victoire contre le ministère américain de la Justice dans un procès antitrust qui a marqué le secteur, AT&T donnait pourtant l’impression d’avoir les mains libres pour remodeler durablement le marché.
À ce moment-là, le raisonnement tenait en une ligne : unir la force de distribution d’un géant des télécoms à des marques comme HBO, Warner Bros. et CNN. Sur le papier, cette fusion verticale devait offrir à AT&T de meilleurs armes pour tenir tête à un marché secoué par le streaming, les plateformes technologiques et une audience de plus en plus fragmentée.
Sauf que le pari n’a jamais vraiment fonctionné. Même après son succès devant les tribunaux, AT&T a eu du mal à absorber Time Warner, devenu WarnerMedia, et l’écart culturel entre un opérateur obsédé par les infrastructures et un groupe de divertissement nourri aux logiques créatives d’Hollywood a vite brouillé la promesse de synergies.
Et c’est là que l’histoire devient intéressante.
Ce rapprochement, vendu à l’époque comme une démonstration de puissance, s’est aussi transformé en cas d’école sur les limites de la consolidation à très grande échelle.
Le poids financier de l’opération a ensuite fait le reste. L’acquisition a laissé AT&T avec une dette colossale, ce qui a réduit sa marge de manœuvre et alimenté encore un peu plus les doutes sur la cohérence stratégique de l’ensemble.
Au bout du compte, AT&T a fini par reculer en 2021 en se séparant de WarnerMedia. Puis WarnerMedia a fusionné avec Discovery en 2022 pour former Warner Bros. Discovery.
Et la nouvelle société, pour l’instant, n’a toujours pas trouvé la bonne formule. Au deuxième trimestre 2026, Warner Bros. Discovery affichait, selon Warner Bros. Discovery, une dette nette d’environ 29,7 milliards, pour 8,7 milliards de chiffre d’affaires trimestriel et 149 millions de bénéfice net.
Sous la houlette de David Zaslav, Warner Bros. Discovery a enchaîné les coupes dans les coûts, le désendettement, les retraits de contenus, des arbitrages parfois très contestés sur les sorties de films, ainsi qu’une refonte de sa stratégie dans le streaming. Le tout alors que le groupe doit aussi composer avec le déclin de la télévision linéaire et la perte des droits NBA pour TNT, un coup dur pour son activité historique.
Le streaming, malgré tout, lui apporte un peu d’air. La plateforme Max comptait plus de 140 millions d’abonnés dans le monde au premier trimestre 2026, toujours selon Warner Bros. Discovery.
C’est une très bonne nouvelle. Mais elle ne suffit pas à effacer les questions qui persistent sur l’érosion des revenus traditionnels, ni sur la trajectoire du groupe à long terme. Autrement dit, battre le régulateur n’était que la première manche. Le vrai test, lui, commençait une fois l’accord signé.
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